Les polémiques rebondissent autour du procès Papon
C'est la mère de toutes les batailles. Où les mêmes concepts, les mêmes références, les mêmes mots parfois, sont utilisés. Mais à des fins opposées : la souveraineté nationale, 1940, le refus de la responsabilité, de la culpabilisation de la France, du procès permanent de notre pays...
C'est Séguin qui est en première ligne. Il corrige Chirac, il attaque Jospin, il combat Le Pen. Pas étonnant s'il retrouve ses complices de Maastricht, Jean-Pierre Chevènement et Charles Pasqua. Alors, à eux trois, ils avaient privé Le Pen d'espace politique.
Cinq ans plus tard, les rapports de force sont inversés. C'est le gaullisme qui est attaqué. Diabolisé. Papon, préfet de police de De Gaulle. Papon, et l'Algérie. Le tout mêlé dans un maelström abscons.
Le Pen observe Séguin se débattre avec une attention goguenarde. Chacun son tour, se dit-il en se frottant les mains. Tout ce qui affaiblit son vieil adversaire gaulliste le renforce, telle est sa devise depuis longtemps. Tout ce qui salit la geste historique du gaullisme, sape les fondements politiques du mouvement de ses héritiers. Séguin le sait. Le Pen le sait. D'où sa petite phrase improvisée de dimanche : « Il était plus facile de résister à Londres qu'à Paris. »
Dialectique
Toute la stratégie de Le Pen peut ainsi être résumée dans cette dialectique : abattre le mouvement gaulliste et récupérer ses électeurs au nom de la France éternelle. Jamais l'un sans l'autre. La reconnaissance par Jacques Chirac de la responsabilité de la France dans le génocide juif, il y a deux ans, et son imitation par Lionel Jospin voilà quelques semaines, les déclarations de repentance à répétition, Papon condamné par les médias avant d'être jugé, tout sert Le Pen ; tout renforce sa position de seul défenseur de l'honneur de la patrie condamnée, martyrisée, brûlée chaque soir sur les écrans de télévision.
Même l'attaque de Séguin contre Jospin, l'accusant de faire monter le FN pour éliminer le RPR, le comble de joie : ils avouent qu'ils sont perdus, se dit Le Pen. En réalité, le pavé séguiniste dans la mare médiatico-politique trouble la limpidité de son jeu. Mais le président du FN ne sait pas encore comment l'histoire finit. Après tout, depuis vingt-cinq ans n'annonce-t-il pas la mort prochaine du gaullisme ? En vain. Cette fois, il est convaincu d'avoir pris Séguin en tenaille. Au Front national, on juge depuis longtemps que Séguin est une « fausse valeur », qui n'osera pas affronter les autres tabous de la société médiatico-politique sur l'Europe et l'immigration.
Mais un autre scénario est envisageable : Séguin démontre qu'on peut parler de la France sans être associé à Le Pen ; qu'il ne se contente pas seulement de théoriques querelles historiques ; et qu'il peut encore arracher au président du FN ces électeurs venus à lui parce qu'ils se désespéraient des « abandons » et des « trahisons » des gaullistes. C'est la dernière menace pour Le Pen. La dernière carte de Séguin. Mais la meilleure, avec laquelle il rafle la mise... ou sort définitivement du jeu.
Eric ZEMMOUR
© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.
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