Les gaullistes veulent dénoncer « la frénésie de Lionel Jospin contre les familles et les classes moyennes »
Il les a même fait rire. Depuis l'élection présidentielle, l'accueil d'Edouard Balladur par les parlementaires RPR avait oscillé entre sourde hostilité et mépris goguenard. Cette fois-ci, ils l'ont écouté avec une attention respectueuse. « Les temps changent », susurrait, de sa voix flûtée, l'ancien premier ministre, visiblement à l'aise dans ses socquettes de cardinal. Il y a quelques mois pourtant, Edouard Balladur s'interrogeait sérieusement sur son départ du mouvement gaulliste. Au soir du 1er juin, et de la défaite des élections législatives, il avait caressé l'idée de constituer une force politique autour de lui, sur les décombres du RPR et de l'UDF. Le projet ne manquait pas de cohérence intellectuelle : au sein des deux mouvements de l'opposition, de Juppé à Bayrou, pouvaient se retrouver des « modernistes », libéraux, européens. Mais Balladur comprit vite que François Léotard ne voulait pas lâcher son fauteuil de président de l'UDF. Et que certains ne rêvaient d'un « parti balladurien », que pour mieux « mettre sa statue sur la cheminée ».
« Que voulons-nous devenir ? »
L'ancien candidat à la présidence de la République choisit donc de privilégier la logique partisane, presque féodale, du mouvement gaulliste sur la stricte cohérence idéologique.
Avec Philippe Séguin, les choses se passent beaucoup mieux que ce qu'un passé récent aurait pu laisser croire. Leurs analyses stratégiques convergent : ils veulent tous deux revenir au temps béni des années 60, où le mouvement gaulliste était « le parti dominant » de la majorité. Où les fidèles du général s'étripaient furieusement entre droite et gauche, Pompidou et Capitant ; mais finissaient toujours par « chasser en meute ». Paraphrasant la célèbre apostrophe révolutionnaire de Sieyès, le président du RPR annonce la couleur : « Que sommes-nous ? Rien. Que voulons-nous devenir ? Tout ! » Dans cette optique, il se dit que le profil libéral et européen de Balladur lui sera très utile pour assécher l'espace politique des leaders de l'UDF, Léotard, Madelin, Bayrou. Un peu comme Chirac se servit naguère de son « ami de trente ans » pour empêcher son rival de toujours, Giscard, de revenir dans le jeu présidentiel...
A eux deux, Séguin et Balladur ont l'ambition de couvrir tout le spectre de la droite républicaine. Pour cela, chacun a fait des pas l'un vers l'autre : Philippe Séguin a clos les débats récurrents sur le libéralisme et l'euro. Hier, Edouard Balladur a rejeté avec toute la véhémence dont il est capable, « l'ultralibéralisme, la loi de la jungle, un monde sans règles et sans principes » ; et défendu avec chaleur « l'originalité de la France » à préserver contre les assauts d'un « conformisme » américano-mondialiste.
Bien sûr, cette convergence d'analyses et d'intérêts ne va pas sans arrière-pensées opposées. Philippe Séguin compte bien s'imposer ainsi comme le « patron » du mouvement gaulliste, et donc de toute la droite. Edouard Balladur, lui, reprenant la stratégie qui lui avait si bien réussi entre 1988 et 1993, tentera, en contournant des appareils partisans qu'il ne maîtrise pas, de (re)devenir le grand rassembleur du RPR et de l'UDF. Bien sûr, son âge (il a 68 ans) est son principal handicap. Mais lui veut croire qu'il est aussi son meilleur bouclier.
Le temps de l'urgence
« Balladur, c'est l'âne chargé de reliques. On va à ses colloques, parce qu'on ne croit plus en lui », se moque un député chiraquien pas touché par la grâce. Mais le temps des brocards n'est plus vraiment de saison ; et celui des luttes de pouvoir et d'influence pas encore (re)venu. Comme si l'urgence était ailleurs : dans cette alliance objective que Parti socialiste et Front national semblent avoir passé pour éliminer les gaullistes du paysage politique français.
Eric ZEMMOUR
© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.
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