L'état des forces dans les régions avant les élections du 15 mars
Dans le Languedoc-Roussillon, vieille terre cathare et irrédente, il n'est pas bon soutenir le pouvoir en place à Paris. Aux élections législatives de 1993, la droite avait raflé dix-neuf sièges sur vingt et un. En 1997, elle n'en a conservé qu'un seul : celui de Jacques Blanc. Les électeurs ont voté contre le pouvoir parisien. Et les innombrables triangulaires provoquées par le FN ont fait le reste.
Dès 1992, le président de la région Jacques Blanc avait profité de l'affaiblissement électoral du PS pour se faire réélire. Mais sans obtenir une majorité absolue. Rejetant cette fois le soutien du FN et de ses treize élus alors même que Jacques Blanc avait débauché sept conseillers FN après 1986 le président de la région dirigea, grâce à l'appui des écologistes, puis, en fin de mandat, de l'abstention des socialistes lors des votes importants.
Mais, cette fois, les choses s'avèrent plus délicates pour Jacques Blanc. Les communistes sont dopés par leurs succès électoraux récents dans le Gard. Les Verts sont liés par un accord national avec les socialistes. Combien de voix obtiendront leurs ennemis chasseurs ? Que feront-ils lors du vote du président de région, le vendredi qui suivra le scrutin du 15 mars ?
Et puis, bien sûr, il y a le Front national. La tête de liste dans l'Hérault, Serge Martinez, espère que ses amis et lui seront au moins seize dans la nouvelle Assemblée. Il ne cache guère sa préférence pour Jacques Blanc, tandis que ce dernier se refuse à faire sienne la doctrine Léotard-Balladur, selon laquelle la liste de droite qui n'arrive pas en tête, au soir du 15 mars, se retire du combat pour la présidence de la région. Blanc refuse ce « piège de la diabolisation ». Pour lui, « toutes les voix sont bonnes à prendre. Balladur et Léotard ne sont pas dans la même situation, explique-t-il. Moi, je suis président sortant ».
Une attitude que dénoncent certains RPR qui lui reprochent « son manque de clarté » vis-à-vis du FN. L'ancien député RPR Bernard Serrou a pris la tête de cette dissidence et annoncé vendredi dernier qu'il présentait une liste composée de RPR et de MPF. Le docteur Serrou ira-t-il jusqu'au bout ? Frèche fait tout pour attirer les dissidents de droite : « Pour moi, cette élection régionale n'est pas le troisième tour des législatives, mais une grande municipale. » Il a axé toute sa campagne stratégique sur la dénonciation de l'alliance entre Blanc et le FN. Il est déjà assuré de faire mieux que Claude Allègre qui en 1992 n'avait pu ramener au conseil régional que treize socialistes, et huit communistes. Mais Frèche obtiendra-t-il vraiment les 33 sièges qu'il se targue de recueillir ? Les Verts et le PC lui resteront-ils fidèles ?
Le rapport des forces électoral décidera des comportements. Au dernier moment.E. Z.
La joute finale de Frêche et Blanc
Au-delà des alliances traditionnelles, le président UDF sortant de la région et le maire PS de Montpellier devront déployer des trésors d'habileté pour rassembler des voix d'origine d'origines diverses.
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La joute finale de Frêche et Blanc
Au-delà des alliances traditionnelles, le président UDF sortant de la région et le maire PS de Montpellier devront déployer des trésors d'habileté pour rassembler des voix d'origine d'origines diverses.
C'est une bataille à la mode du temps jadis. Avec grands seigneurs et rusés manants, imprécations et malédictions, cotes de mailles et huile bouillante. Un combat de deux féodaux sans merci. Enfermé dans son fastueux palais régional en forme de tour, le comte de la Canourgue s'est cru perdu et sauvé dix fois. Sonnant la charge à grands coups de trompe lancés depuis son majestueux château fort d'Antigone création de Ricardo Bofill, le duc de Montpellier a parcouru gaillardement depuis un an ces vastes contrées.
Tonitruant, brillant, arrogant, Georges Frêche manie le verbe comme Roland usait de Durandal, pour abattre et occire. Le siècle de Louis XIV et l'Antiquité, Heidelberg et Londres, le droit romain et le marketing, tout est convoqué dans une fresque incandescente, que son public goûte avec un air averti d'aficionado de corridas. Chez lui, rien de petit, même les fautes. Il donne toujours l'impression de se balader à une époque trop médiocre, dans une ville trop petite pour lui. Il domine mal une violence viscérale lorsqu'il coupe le micro ou gifle un contradicteur. Il expose sa haine de Mitterrand comme une toison d'or, mais pense, à l'instar du président défunt, que seule la pierre permet de laisser une trace dans l'histoire.
Le mammouth et le renard
« Au temps des croisades, j'aurais été Godefroy de Bouillon, j'aurais pris Jérusalem ! » En attendant, il a pris le « district » réuni autour de Montpellier, mis la main sur le département puisque son vieux frère ennemi socialiste, Gérard Saumade, se retire sous sa tente ; et porte le fer dans la région. « Je ferai pour cette région ce que j'ai fait pour Montpellier », proclame-t-il. « C'est sûr, lui répond l'écho, venu de l'hôtel de Région. Comme à Montpellier, il multipliera les impôts par vingt en vingt ans. »
Si Georges Frêche joue sur la fascination, Jacques Blanc mise sur l'identification. Quand Frêche pose fièrement au Médicis magnifique, Jacques Blanc se contrefait en « petit gabache de Lozère », en paysan tout juste bon à garder les vaches. Face au mammouth, il est le renard. Face au cardinal, il est le curé de campagne. Il grimace, il entoure, il embrasse. Il se tord, il se contorsionne, il caresse les pans de sa veste. Depuis douze ans, il préside la Région sans jamais avoir eu de majorité. Il a négocié, composé, débauché. Il a distribué des vice-présidences à foison, et arrosé de subventions ; mais jamais n'a lâché son pouvoir.
Alors, cette fois encore, il recommence la manoeuvre. Mais pour réussir, il a besoin d'ombre. Or Frêche a allumé les projecteurs ; et dénoncé l'alliance « scandaleuse » avec le FN. Furieux, Blanc l'a fait condamner pour diffamation. Frêche n'en a cure. Il tente de repousser son adversaire dans les bras du Front national, pour mieux l'étouffer. Avec un cynisme flamboyant qui rappelle le Mitterrand de « l'ouverture » , il s'installe sur les terres de l'adversaire, se déclare gaulliste d'honneur, invite au Jardin des sens (le restaurant huppé de Montpellier) les caciques RPR, leur promet des vice-présidences et les pousse à monter des listes dissidentes. Et, pour mieux séduire un électorat de droite modéré, il se refuse, dans les grands départements comme l'Hérault, à faire liste commune avec les communistes.
Car si le FN n'est pas assez présentable, le Parti communiste l'est trop. Jacques Blanc aime les frontistes apostats. Georges Frêche n'aime que les communistes vassalisés. Jacques Blanc fait tout pour qu'on oublie qu'il ne peut accéder à la présidence sans les voix des élus FN. Georges Frêche fait tout pour qu'on n'oublie pas que le Parti communiste fut ce mouvement stalinien rempli « d'apparatchiks », et non pas ce PCF new-look, politiquement correct, amateur de ferias et dragueur de classes moyennes, qui a reconquis Nîmes et Sète.
« Qui m'aime me suive »
Alors, Jacques Blanc dissimule derrière un « Qui m'aime me suive » un accord non écrit que la tête de liste du FN pour la région, Serge Martinez, qualifie de « bouclable ». Alors, Georges Frêche fait mine de croire que les communistes « n'ont qu'une épée de bois », et qu'ils ne pourront susciter, avec les Verts, les MDC et tous les socialistes qui le détestent, ou le craignent, ou les deux à la fois, une candidature alternative qui en finirait avec « cette personnalisation excessive qui fait peur, y compris à l'électorat de gauche », comme dit Pierre Blotin, le représentant officiel en terre gardoise de la place du Colonel-Fabien.
Les deux hommes n'en font qu'à leur tête. Paris les surveille, les houspille, les menace ; ils s'en moquent. Au RPR, rue de Lille, Philippe Séguin a confié au jeune Stephan Rossignol, numéro 2 sur la liste de l'opposition dans l'Hérault, une mission précise : avoir l'oeil sur Blanc. Que le soutien du Front national ne soit pas trop voyant, pas trop évident. Sinon, le RPR abandonnera Blanc.
Rue de Solférino, au siège du PS, en janvier dernier, Jean-Christophe Cambadélis a reproché vertement à Frêche de ne pas appliquer les accords nationaux de la majorité plurielle. Frêche a envoyé promener Cambadélis, en expliquant, toujours sûr de lui et dominateur, que le Languedoc-Roussillon, « laboratoire national » de l'alliance entre la droite et le FN, s'avérera la chance historique des socialistes et de Lionel Jospin de « connaître une situation à l'italienne ».
Et puis, les deux hommes sont retournés dans leur domaine. Comme un rituel, ils se sont envoyé des chiffres au visage : 18 % de chômeurs dans la région, a dit Frêche. 24 % de chômeurs à Montpellier, a répliqué Blanc. « Nous créerons 100 000 emplois en 6 ans », a promis Frêche. « Ce sont les entreprises qui créent des emplois », a rétorqué Blanc, avant d'annoncer 250 000 emplois sur dix ans. « Il faut en finir avec le tourisme béton », a dit Frêche. « On a le droit de se bronzer les fesses, surtout si elles sont belles », a balancé Blanc.
L'influence de Pujol
Frêche a remis son habit de lumière de bâtisseur promothéen, prenant la modernité avec la brutalité d'un hussard qui, à grands coups de bulldozers et de marteaux piqueurs, a permis à Montpellier, charmante bourgade somnolente des années 60, de ne pas être prise en tenailles entre Toulouse et Bordeaux. Blanc a toujours contourné l'obstacle, biaisé, parlé de racines et d'identité, mais finalement, par son alliance politico-économique avec son correspondant catalan, le puissant Jordi Pujol, il a unifié et désenclavé cette région improbable, pour en faire une terre de passage obligé de la Grande Europe.
Les questions que posent ces deux grands féodaux sont en réalité celles posées à toute la nation française : jusqu'où ira la tentation de construire une Europe des régions ? Frêche comme Blanc s'en défendent avec vigueur. Pourtant, leurs tempéraments naturels, comme leur idéologie régionaliste et européenne, les y poussent. Mais ils savent leurs électeurs rétifs et leurs alliés (communistes comme frontistes) hostiles. Alors, ils avancent masqués. Ils s'affrontent sans se détester dans un combat indécis. Par-delà leurs divergences, l'opportunisme et la soif de pouvoir absolu les rassemblent.Tout le monde l'appelle Loulou
Le patron du club de football de Montpellier est non seulement un industriel, mais aussi une figure. Portrait.
Tout le monde l'appelle Loulou. Avec sa bedaine, sa truculence, son goût de la provocation et des formules à l'emporte-pièce, son sentimentalisme qui le fait pleurer de chaudes larmes quand le président Mitterrand l'embrasse en lui remettant la coupe de France, le président du club de football de Montpellier paraît être un pur produit du Sud-Ouest. Et pourtant, Louis Nicollin est un lyonnais. Qui débarque dans la capitale du Languedoc en 1967. Trouve femme. Reprend l'affaire paternelle d'élimination des ordures. Fait fortune grâce au monopole que lui accorde la ville. Reprend le club de foot. Achète des joueurs de valeur. Gagne la coupe de France. Parade sur les terrains européens. Engueule des arbitres. Déchaîne les passions de la Paillade, quartier populaire de Montpellier. Devient Loulou. Une figure. Un personnage. Une image d'Epinal. Une caricature. « Au début, j'ai été surpris. A Lyon, on n'a pas l'habitude de s'embrasser sur la bouche, d'avoir aussi vite des amis. Mais, enfin, je m'en suis bien trouvé. » Vraiment bien : « Pour un lyonnais qui a l'habitude de ne voir que du charolais, ça fait bizarre de voir des taureaux tout noirs. Maintenant, j'adore. Moi, les taureaux, je ne les tue pas. Cela s'appelle la course libre. C'est formidable. »
Bien sûr, comme tout habitant de la région, il est atterré par l'explosion du chômage depuis vingt ans. Mais il a sa petite explication : « Il y a beaucoup de vrais chômeurs ici, mais il y en aussi pas mal qui font grimper les taux en se débrouillant. Au soleil, avec les allocations et deux ou trois trucs, on se débrouille. » L'emploi du temps de Louis Nicollin est partagé en deux : la semaine, les poubelles ; le week-end, le foot. Mais lui prend soin de ne pas se mêler de l'entraînement des joueurs, de la tactique de l'équipe, ou de sa composition. N'est pas Tapie qui veut. « Il était bon, lui. »L'autre Spanghero, celui du cassoulet
Ses frères s'appellent Walter ou Claude. Lui, c'est Laurent : il pèse 600 millions de francs de CA.
Des mains. Larges, noueuses. Énormes. Un Spanghero, ce sont d'abord des mains. Des mains pour plaquer, comme Walter. Des mains pour prendre les balles en touche, comme Claude. On n'imagine pas des mains de Spanghero sans un ballon de rugby. Et pourtant, malgré ses larges épaules de troisième ligne, ce Spanghero-là ne s'est pas illustré à Twickenham. Il s'appelle Laurent. C'est l'aîné de la célèbre famille, originaire d'Italie, celui qui s'est sacrifié, qui a travaillé plus jeune, pendant que les petits pouvaient se distraire, jouer, connaître le plaisir et la gloire.
En 1967, Laurent Spanghero monte son entreprise d'abattage industriel. Trente ans plus tard, il est à la tête d'un groupe qui fait 600 millions de chiffre d'affaires annuel, et emploie 390 personnes. Dans la zone industrielle de Castelnaudary, à quelques encablures de Toulouse, on ne voit que ses entrepôts et ses camions. Au fil des années, toute la gamme alimentaire a été déclinée : viande abattue, découpée, surgelée ; charcuterie fraîche ; et puis les plats cuisinés, tendance Sud-Ouest : confit de canard, cassoulet, poulet basquaise. « Les saveurs du Sud-Ouest par Spanghero », proclame la publicité. Sur certaines affiches, on voit la « mama » servir sa tablée de grands gaillards. Souvenirs, souvenirs. On imagine les réunions de famille, les embrassades, les engueulades autour du rugby. Ce qu'il était, ce qu'il est en train de devenir, quand mondialisation rime avec pognon. Mais Laurent n'est pas un nostalgique : « Cela devient un sport de haut niveau, d'élite, comme le football ou le basket. Un sport mondial aussi. C'est bien. »
On imagine que Walter et Claude sont moins enthousiastes, qu'ils regrettent, eux, la douceur de ce sport amateur. « Mais qui dit amateur dit aussi qui ne va pas au bout de ses possibilités », rétorque Laurent de sa voix rocailleuse. Car Laurent est un battant, un lutteur, un libéral qui accepte la compétition du marché mondial, et regrette que sa région ne soit pas assez imprégnée de « l'esprit guerrier du rugby ». « Le problème majeur de cette région, c'est la domination des idées progressistes et le fort taux de fonctionnaires. C'est une région revendicative, cathare. Et je regrette qu'on n'ait pas assez l'esprit d'initiative, la volonté de se battre. »
Les enfants de Laurent Spanghero ont bien retenu la leçon paternelle : ils sont diplômés de Centrale, de Sup de co ou enseignent à l'université. Et c'est sa plus grande fierté.DE ÇI, DE LÀ
Les préférences du Front national
- Serge Martinez s'est découvert une passion pour Jacques Blanc : « C'est un homme de la terre languedocienne. Je sais d'où il vient et où il va. Un soutien sans participation est possible. » Alliance tacite ou baiser qui tue, on ne sait. Une chose est sûre : Martinez, qui fut jadis l'élève de Georges Frêche, ne dissimule point sa méfiance envers le maire de Montpellier : « Un immigré, un albigeois. Un Médicis en pantoufles parce que ses problèmes lombaires l'empêchent de monter sur un destrier. Je ne sais pas qui est Georges Frèche, maoïste dans sa jeunesse, lorsqu'il se faisait appeler George Lierre. A-t-il eu alors des liens avec la bande à Baader ? Les Brigades rouges ? Je pose la question. »
L'exil de Jamet
- Alain Jamet, l'habituel représentant du FN à Montpellier, a dû « s'exiler » dans le département voisin des Pyrénées-Orientales. Histoire de ne pas faire d'ombre à Martinez, et l'empêcher de montrer l'intimité de ses liens avec le maire socialiste de la capitale régionale ? Des liens qui, murmurent certains, remonteraient à 1973. Alors, Frêche, candidat pour la première fois aux législatives, obtint, au prix d'une vigoureuse campagne anti-gaulliste auprès des rapatriés d'Afrique du Nord, les 2 % de voix du FN, créé l'année précédente... Il fut élu.
Les socialistes contre Frêche
- Au sein du Parti socialiste, certains élus regimbent de plus en plus ouvertement contre l'autorité de Georges Frêche. On sait que le président du conseil général de l'Hérault, Gérard Saumade, ne l'a jamais porté dans son coeur. Les deux hommes se sont affrontés lors des législatives de 1993. Saumade a gagné. Mais il n'est plus le seul. Ainsi, mardi 10 février, le président socialiste du conseil général du Gard, Alain Journet, a failli quitter la salle, alors que Frêche tenait une réunion publique dans les Cévennes. Le maire de Montpellier s'était exprimé sur deux entreprises locales en difficulté, « dans des termes qui à l'évidence montraient qu'il ne connaissait pas grand-chose à ces situations locales », a commenté, aimable, dès le lendemain, Alain Journet.
RFR au RPR
- La liste du RPR pour le Languedoc-Roussillon était prête le 7 décembre 1997. Elle avait été confectionnée par Bernard Serrou, l'ex-député battu en juin. Et puis, patatras. Personne n'est satisfait de cette liste. La Rue de Lille envoie un émissaire. Il est effaré parce qu'il découvre des haines claniques inexpiables. Cicatrices toujours à vif entre des militants chiraquiens et le député Serrou, balladurien de choc. Avertie, la nouvelle direction bloque tout. Et liquide tout. Rajeunissement, féminisation, renouvellement. Stephan Rossignol, 35 ans, est promu à la tête de la fédération et second de la liste dans l'Hérault derrière Jacques Blanc. Mais les caciques affirment alors qu'ils ont été balayés parce qu'ils étaient hostiles à l'alliance avec le FN, préparée par Jacques Blanc. Bernard Serrou prend la tête de cette rebellion. Après un dernier entretien avec Sarkozy, le 13 février, il annonce qu'il constitue une liste. Il est aussitôt expulsé par les instances du RPR.
Eric ZEMMOUR
© 1998 Le Figaro. Tous droits réservés.
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