François Hollande était à côté de Nicolas Sarkozy. Et Léotard à côté de Le Pen. Pour ce premier débat télévisé sur les élections régionales, ils avaient tiré leur place au sort. Et la ronde commençait, chacun s'efforçant de se sortir du classique dyptique enjeu national-enjeu régional. Plutôt national pour Nicolas Sarkozy, pour savoir si les « Français sont satisfaits ou mécontents » de neuf mois de gouvernement Jospin. Plutôt régional pour François Hollande, car il « faut rééquilibrer » des pouvoirs régionaux qui sont détenus massivement 20 sur 22. Rapidement, le débat se durcissait. Sarkozy ironisait sur « Mitterrand qui n'est plus à la mode au PS ». Et Hollande lui renvoyait dans les dents : « Et Chirac, il était RPR. Et vous ne l'avez pas soutenu. » Sarkozy était aussi la cible de Robert Hue qui lui demandait de « ne plus bluffer. Soyez modeste ! » en vantant les modèles anglais et américains de lutte contre le chômage, tandis que le Vert Noël Mamère accusait François Léotard de « ne pas faire son boulot de député ».
Faire passer son message
Léotard se moquait de Le Pen : « Ça fait trente ans que vous essayez d'être élu. » Et Le Pen : « J'étais élu quand vous aviez de la morve au nez. » « Ça ne vous rajeunit pas, M. Le Pen ! », lui lançait Robert Hue. Entre les chefs du PCF et du FN commençait alors ce que Sarkozy appellera « un numéro d'acteurs ». On s'envoyait à la tête le bilan du communisme, le nazisme, le « détail », etc.
Chacun s'efforçait ensuite de faire passer son message. François Léotard vantait la décentralisation, contre « l'emprise du pouvoir d'Etat », l'euro et « la construction politique de l'Europe ». Nicolas Sarkozy défendait sa conception du travail, de l'effort et était contre la « société du nivellement ». Noël Mamère s'en prenait aux chasseurs et aux « propositions démagogiques » de Le Pen. Ce dernier dénonçait, lui, « au-delà du chômage, le problème de l'insécurité qui gagne au fur et à mesure que se désintègrent la nation et l'Etat français ».
Le débat se projetait alors franchement sur les choix européens : Europe des nations ? Europe des régions ? Léotard n'était pas loin de prôner une France fédérale dans une Europe fédérale. Sarkozy, au nom de l'Europe, expliquait que la France devait suivre la même politique que les autres en matière de fiscalité ou d'immigration. François Hollande rejetait « l'Europe des capitaux » et demandait que « la solidarité » demeure de la « compétence des nations ».
Accord ou pas accord avec le FN ? Le Pen rejetait d'avance tout soutien... à François Léotard. « Il y a une logique de regroupement », ajoutait cependant le président du FN. « Nous sommes prêts à procéder à un échange, président pour président. » Léotard répliquait que « Le Pen était un homme de la IVe. Un combinard. Nous ne voulons pas d'un accord. » Et Nicolas Sarkozy : « Je commence à en avoir assez de recevoir des leçons. Quand on est dans une majorité avec les communistes, on n'a aucune leçon à recevoir. » Alors, ce fut l'empoignade sur le Mont-Valérien, les balles nazies... Et Sarkozy de rappeler « les 70 triangulaires et le soutien tacite du FN » qui permirent au PS d'arriver au pouvoir en juin dernier. Avant de conclure : « Nous ne partageons pas les mêmes valeurs. Nous ne ferons pas d'alliance avec le Front national. Ni avant, ni pendant, ni après. » Et Le Pen de dénoncer « le pacte de la bande des quatre ».
Eric ZEMMOUR
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