mardi 10 février 1998

Le Pen découvre l'insolence de ses « lieutenants »

Après son invalidation, Le Chevallier veut imposer sa femme


Tout fout le camp, même au Front national. Le respect du chef, des hiérarchies, des procédures. Les déférents deviennent insolents, le « président » est mis devant le fait accompli. A sa grande fureur. Certes, en annonçant publiquement la candidature de sa femme Cendrine, le maire de Toulon, député du Var invalidé, Jean-Marie Le Chevallier, semblait inscrire son geste dans une « jurisprudence Mégret », qui avait porté Catherine, l'épouse de Bruno, à la mairie de Vitrolles.

Mais le numéro 2 du FN avait alors suivi une idée venue de Le Pen lui-même. Surtout, Catherine était une béotienne en politique, quand Cendrine est une militante, blanchie sous le harnais qui a collé les affiches de Tixier-Vignancourt à l'élection présidentielle de 1965.

Pour dissimuler sa peur, Catherine usait d'un sourire moqueur ; et son ignorance des choses municipales la rapprochait paradoxalement de ses électeurs ; pour le reste elle s'en remettait entièrement à l'équipe de son mari, dirigée par Hubert Fayard. La candidature de Cendrine devrait au contraire ravir les féministes les plus exigeantes : elle ne quitte pas ses fourneaux pour faire campagne ; elle se bat pour ses convictions résolument droitières ; et son style, mélange de hauteur aristocratique et de gouaille méprisante sablant le champagne en haut d'un balcon « à la Evita Peron », rigolent certains au FN suscite bien des inimitiés.

La plus médiatisée est celle d'Eliane Guillet de la Brosse, qui lui dispute au sein du FN toulonnais, la candidature à la candidature. Rivalité que balaye d'un revers de main ironique le maire de Toulon : « De la Brosse veut être député, femme du député, maire, femme du maire. C'est Edwige Feuillère ! » Certes, il acceptera que la commission d'investiture décide en dernier ressort. Surtout, si elle choisit sa femme !

« Dérive monégasque »

Car Jean-Marie Le Chevallier n'est plus un vague sous-fifre, mais un notable installé qui pèse son bon poids politique, avec ses 53 % de voix obtenues aux dernières législatives. Et Jean-Marie Le Pen a vieilli. Certes, il reste aimé, admiré, plébiscité par son mouvement. Mais, pour imposer avec un succès relatif ses candidats sur les listes régionales, il a dû s'astreindre à une présence assidue aux réunions des commissions d'investiture. Déjà, lors de sa sortie sur le « détail », dix ans après la première fois, il avait pu observer l'irrespectueuse colère de ses militants qui ne goûtaient que modérément le plaisir de se faire insulter sur les marchés.

Les temps héroïques sont révolus. Grâce à Le Pen, son talent de provocateur et ses qualités de rassembleur, l'extrême droite nationale est sortie de la marginalité. Elle veut désormais s'installer dans le paysage politique français. Alors, ils sont de plus en plus nombreux, au FN, à se dire que Le Pen est plus un frein qu'un moteur, que ses provocations coûtent plus qu'elles ne rapportent, que « sa dérive monégasque », avec ses filles et ses gendres partout, est ridicule et excessive, que sa peur du suffrage universel direct est révélatrice, que ses prestations télévisées ressemblent de plus en plus à celles de « Marchais en fin de carrière ». Bref, qu'il devrait passer la main. A Bruno Mégret.

Le Pen ne dit plus non. Les rivaux qu'il lui a jetés dans les pattes, Gollnisch et autres, se sont révélés incapables de s'opposer au rouleau compresseur Mégret. Mais plus tard. Toujours plus tard. Il ne se voit pas vieillir, Le Pen. Il est sûr que l'Histoire lui donnera sa chance, une seule fois, qu'un cataclysme guerre civile dans les banlieues ou victoire des islamistes en Algérie le fera sauveur et héros ; que tout le reste élections, stratégies, accords secrets ou officiels avec la droite ne sera plus que broutilles broyées dans la grande roue de l'Histoire.

Eric ZEMMOUR

© 1998 Le Figaro. Tous droits réservés.

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