jeudi 6 mars 1997

Bernard Kouchner : « J'ai besoin de recul »

Les assises du Parti radical socialiste.


LE FIGARO. Vous avez annoncé que vous abandonniez la politique. Et vous voilà rédigeant le programme électoral du Parti radical socialiste.

Bernard KOUCHNER. Je m'efforce de tenir mes promesses. J'ai fait mon travail au gouvernement. Je fais mon travail comme député européen. Et je fais mon travail au Parti radical. Mais il est vrai que j'ai besoin de recul. Après les assises radicales, j'irai un peu respirer à l'air libre comme je le faisais avant. Je ne quitterai pas la politique mais m'éloignerai de la pratique politicienne.

Depuis dix ans, vous exhortez les Français à entrer résolument dans la modernité et vous êtes membre du plus vieux parti de France. La modernité, en politique, ce ne serait pas plutôt un seul parti à gauche ?

Oui. Je suis personnellement favorable à un seul parti de gauche. Mais nous sommes un vieux pays, avec ses traditions historiques, ses anciennes querelles et divisions. Aujourd'hui, la gauche est divisée sur l'Europe, sur Maastricht. Sans projet commun, sans souffle commun, il n'est pas encore possible de rassembler en un seul parti de gauche moderne. A ma place, j'ai participé au rapprochement entre le PS et Radical. Mais à Radical, dans ce parti à la fois très traditionaliste et très libertaire, j'ai trouvé un espace de liberté. Et je m'en suis senti bien. Vous verrez aux assises certaines idées vous surprendront.

Etait-il bien nécessaire de rédiger un programme particulier pour reprendre l'idée du PS d'embauche de jeunes financée par l'Etat ?

Ce n'est pas la même chose. Le Parti socialiste prévoit l'embauche de jeunes par les entreprises. A Radical, cela nous semble illusoire. Nous sommes en économie de marché et nous devons le rester. Mais ce que l'économie de marché ne fait pas spontanément, l'argent de l'Etat doit l'initier. La République que nous évoquons tant doit assurer, pour un an, le pied à l'étrier à ces milliers de jeunes sans emploi, à travers associations et municipalités.

Vous proposez aussi de détruire les cités des banlieues et de reconstruire un habitat plus humain. Est-ce que tout cela ne va pas coûter très cher au budget de l'Etat ? N'y a-t-il pas incompatibilité avec les engagements européens de la France ?

L'idée d'une ville habitable est-elle hors de nos moyens ? Cela ne coûtera pas trop cher. Ce qui coûte cher, c'est le chômage, la délinquance, l'insécurité. Bien sûr, cela sera fait progressivement. Mais savez-vous qu'en France, un bâtiment a une durée de vie de 80 ans, alors qu'aux Etats-Unis et en Angleterre, celle-ci n'est que de 20 ans.

Impôt personnel

Vous proposez également de créer un impôt personnel qui rassemblerait impôt sur le revenu, CSG, et cotisations sociales. Vous voulez prouver aux Français qu'ils payent trop d'impôts ?

Oui, l'impôt sur le revenu est confiscatoire et inégalitaire. Le travail est plus imposé que le capital. C'est injuste. Notre impôt personnel vise à une égalité devant le sacrifice fiscal incluant revenu et capital, avec élargissement des assiettes taxables, réduction des taux marginaux supérieurs, mise en place d'une retenue à la source... Nous fusionnerions cet impôt avec les prélèvements sociaux. Mais si je crois que cet impôt personnel nous rendrait plus responsables, cette éthique de responsabilité ne peut être imposée sans son corollaire : la transparence.

Vous évoquez aussi un statut de l'élu, notamment pour faciliter le retour à la vie civile de ceux qui ont servi l'Etat. Vous l'avez vécu personnellement cette difficulté ?

Oui. Je croyais que la politique était une passion et une morale. J'ai découvert que c'était un métier. Il faut lui donner de la souplesse et de nouveaux visages et donc prévoir la réinsertion des politiques qui viennent du secteur privé. Pour l'instant, seule la réinsertion des fonctionnaires est organisée. Pourquoi la politique serait-elle réservée aux fonctionnaires ?

Après votre échec à Gardanne, vous prendrez un peu de recul. Finalement, le problème de Bernard Kouchner, c'est le peuple ?

Non, pas le peuple, mais les appareils politiques. Tous les appareils politiques, y compris les plus amicaux. La popularité ne signifie pas élection. Au contraire elle peut nuire et suscite bien des jalousies.

Eric ZEMMOUR

© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire