mardi 25 février 1997

Les vertus de la rue

L'Assemblée reprend l'examen du texte sur l'entrée et le séjour des étrangers.


Ainsi, il y avait une loi Debré sur l'immigration. Féroce, inhumaine. Vichyssoise. On ne s'en était pas aperçu. Il est vrai que le gouvernement avait tout fait pour ça. Abandonnées les ambitions d'un Jean-Louis Debré, et les intentions initiales d'un Alain Juppé, désireux de remettre à plat l'ensemble de la politique d'immigration. On s'était limité aux clandestins ; et à un texte « technique », programmé à la veille de Noël, qui briserait quelques « verrous » juridiques, fouille dans les camions, ou entrée de policiers dans les ateliers clandestins, histoire de rendre un peu moins ridicules les taux de reconduite à la frontière.

Et puis, la « surprise » est venue, que le ministre de l'Intérieur n'osera qualifier de « divine ». Et pourtant. Sans l'intense émotion des artistes et des intellectuels, qui se serait aperçu que la place Beauvau entendait combattre d'arrache-pied l'immigration clandestine ? Et s'était donné des moyens législatifs ? Jean-Louis Debré peut donc dire : « Merci Klapish, merci Tavernier, merci Carole Bouquet. » Habitués des plateaux télé, et des interminables campagnes de promotion de leurs films, ils ont fait une exceptionnelle publicité à une loi dont ses auteurs eux-mêmes n'osaient vanter les mérites.

Et pour cause : lors de l'élaboration du texte, Jacques Chirac avait lui-même rejeté l'idée d'un fichier des hébergeants. Dès lors, l'article 1, et sa désormais fameuse déclaration de départ des étrangers hebergés, devenait inopérante. Provocatrice et vaine. D'où son retrait, d'autant plus rapide que sa nouvelle mouture, rédigée par Pierre Mazeaud, transmettant la responsabilité aux préfets, imposera la constitution de fichiers... départementaux.

Dans le même temps, les sondages avaient livré leurs oracles. Et les manifestations de samedi aussi, bien mieux fournies à Paris où se retrouvaient les habitués des « manifs » qu'en province. A l'inverse du mouvement de décembre 1995, quand les cheminots défendaient leur statut.

Exception française

Il est vrai que le « peuple », de « gauche » ou pas, dans son rapport difficile avec ses chères élites, ne comprend pas tout : il y a un an, « on » le sommait d'en finir avec ses « rigidités héritées d'un passé révolu », de s'aligner sur le modèle européen et occidental ; mais dès qu'il s'agit d'immigration, « on » vient lui intimer l'ordre de ne pas copier ses vilains voisins ; de conserver intact son « génie » ; alors, « l'exception française » n'est plus ridicule.

Mais le gouvernement aurait tort de s'endormir sur ses lauriers récoltés dans les sondages. Demain, le Conseil constitutionnel pourrait rogner ici ou là les rares aspérités de ce texte. Demain, les Français pourraient s'apercevoir que la loi Debré n'a guère eu d'effets. Et l'on sait à qui ce genre de désillusions profite.

ERIC ZEMMOUR

© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.

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