mercredi 23 avril 1997

L'amère victoire de Balladur

Le chef du gouvernement a défini le « nouvel élan » qu'il espère trouver après la dissolution.


Il est des victoires amères. Des reconnaissances qui viennent trop tard. Des hommages qui ressemblent à des pillages. Quand Alain Juppé a évoqué, avec des trémolos dans la voix, « les efforts que nous avons accomplis depuis quatre ans », Edouard Balladur a eu, sans doute, une pensée émue pour ce bilan « calamiteux » qu'avait sévèrement jugé, il y a deux ans, le même premier ministre. Quand Alain Juppé a fait applaudir l'idée d'un gouvernement ramassé, il a pu constater qu'aucune de ses bonnes idées ne lui serait laissée. Tout lui serait pris par ses vainqueurs d'hier, programme, méthode, hommes.

A la suite de Jacques Chirac lundi soir, Alain Juppé s'est en effet installé sans complexes sur les terres balladuro-UDF, européennes, libérales, sociales. D'un libéralisme qui n'ose dire son nom, de peur de paraître « ultra », d'un libéralisme qui ressemble à l'Alsace-Lorraine de Barrès jadis : « Y penser toujours, n'en parler jamais. »

Main tendue

Ainsi, contrairement à Alain Madelin qui s'empressait dès lundi soir de revendiquer la paternité idéologique de la campagne qui s'annonçait mais alimentait ainsi celle de la gauche en personnifiant, quoi qu'il en ait, le « capitalisme dur » dénoncé par Jospin , Balladur s'est enfermé dans un mutisme qui semblait dire ce qu'un de ses anciens amis résumait ainsi : « Quand on prend les idées à quelqu'un, c'est pour ne pas le prendre, lui. »

En revanche, les balladuriens sont dans cette campagne les bienvenus. François Léotard a tout de suite compris l'intérêt de la dissolution, et d'une majorité reconduite mais moins dominatrice : dans la nouvelle Assemblée, le RPR ne pourrait avec le soutien des seuls chiraquiens de l'UDF atteindre la majorité absolue. Il aurait besoin de l'UDF, de toute l'UDF. Plus la majorité sera courte, plus un Juppé affaibli devra s'appuyer sur ses partenaires-rivaux. Il n'a donc pas refusé la main tendue par Juppé. Nicolas Sarkozy non plus. Bien sagement assis au second rang de la tribune entre Patrick Stefanini et Jean-Louis Debré, comme une absolution-surveillance, il a fait le même calcul : au RPR, qu'il sorte vainqueur ou vaincu de la bataille, Alain Juppé aura besoin d'alliés au cas où la présidence du mouvement devrait essuyer une tempête soufflée par le toujours président de l'Assemblée nationale, Philippe Séguin.

Celui-ci, assis au premier rang, à quelques encablures d'Edouard Balladur, était aussi sage que lui. Mesurait autant ses applaudissements, leur fréquence et leur force. Il est vrai qu'à entendre le discours-programme d'Alain Juppé, au-delà des désormais rituelles références à la République et au patriotisme, on était fort loin du « pacte social » de la campagne présidentielle de Jacques Chirac.

Alors, à regarder les deux hommes, on ne savait pas ce qui était pire en politique, être pillé ou ne l'être plus.

Eric ZEMMOUR

© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.

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