Il faudra bientôt réécrire les dépliants touristiques. Vitrolles, son rocher, son centre commercial, ses époux Mégret, et ses élections. A répétition. A peine sortis qu'ils y retournent. Mais pas tout seuls. Autour d'eux, entre l'agitation saccadée de l'aéroport de Marignane et les clapotis sans vie de l'étang de Berre, entre les odeurs provençales du marché de Carry-le-Rouet et les jardinets fleuris de la rue Frédéric-Mistral, à Châteauneuf-lès-Martigues, on se convainc lentement que l'on va voter dans un mois.
Mais les habitants de la 12e circonscription, la plus grande du département des Bouches-du-Rhône, savent déjà qu'ils devront répondre à la même question posée il y a un mois aux seuls Vitrollais : pour ou contre Mégret. Mais ils ne pourront pas cette fois dire qu'ils voulaient seulement sortir le sortant. Tous ceux qui pensent, écrivent, que le FN est inéligible au scrutin majoritaire quand ses adversaires « républicains » ne se déchirent pas (municipale de Marignane en 1995), ou ne sont pas représentés par un élu déconsidéré, déconnecté, rejeté (Jean-Jacques Anglade à Vitrolles) vont pouvoir expérimenter leurs hypothèses.
Vieux loup de mer
Car le candidat du PS s'appelle cette fois Henri d'Attilio. Le député maire de Châteauneuf n'a pas d'écharpe blanche. C'est un vieux loup de mer à qui on ne la fait pas. Il n'a pas oublié que la politique, c'était d'abord du terrain, du terrain, et encore du terrain. Des petits papiers qu'on glisse dans sa poche, et des services qu'on rend. Un enracinement que l'on porte au bout de l'accent : « O pôvre, moi, je suis né rue Emile-Zola, derrière la mairie, je parle provençal, je n'ai pas pris des cours de provençal à Saint-Cloud ! » Son siège de député, il ne tenait pas trop à le conserver en mars 1998. Mais il a compris, dans ses contacts avec la Rue de Solferino et Lionel Jospin, que sans cette ultime bataille législative, il n'obtiendrait pas son bâton de maréchal, une place de sénateur dans dix-huit mois. Alors, il y retourne, fait mine de ne pas entendre les sarcasmes du FN « d'Attilio dort », ou les récriminations de certains socialistes qui, autour d'Anglade et de Bernadini, ont bien du mal à enterrer la hache de guerre.
Aussitôt que d'Attilio a annoncé sa candidature, le maire de Berre a pris son téléphone, pour faire passer un seul message : « Je ne suis pas candidat. » Serge Andréoni, ancien socialiste tapiste, récupéré par Jean-Claude Gaudin, se préparait depuis des mois : « Soutenu, mais pas investi », dit-il, d'une voix râpeuse de parrain corse dans un film de Lautner. « On peut être né dans le Midi et ne pas être jobard » : la candidature de D'Attilio lui prenait son espace républicain, rassembleur, par-delà droite et gauche.
Pour Mégret, l'équation ainsi posée à son cerveau de polytechnicien n'est pas la plus simple à résoudre : un sortant socialiste, sans mise en examen, qui fait une campagne de proximité ; un RPR gaullo-gaulliste, avec militants s'affairant canotiers sur la tête, qui parle, avec des trémolos dans la voix, de la France et de la sécurité. Alors, Bruno Mégret pose deux et retient un : dans le rôle de « la bonne tête sympathique qui ne fait pas peur », il remplace Catherine, son épouse, par son suppléant, Bruno Simompieri, le maire de Marignane. Et à la place du « Front ripoublicain », il dénonce les deux candidats socialistes, d'Attilio, et Rossi, « l'adjoint de l'ex-communiste, ex-socialiste, ex-tapiste, Andréoni ».
Mais sa stratégie demeure la même : incarner la seule, la vraie droite. Pour écarter dès le premier tour le RPR, afin de retrouver en duel singulier le sortant socialiste.
Pour l'instant, les premiers sondages lui donnent à la fois raison et tort. Certes, Rossi ne parvient pas encore à atteindre des pourcentages qui lui permettraient de se maintenir au second tour ; mais il est battu par d'Attilio. Comme en 1993. Alors, il manqua à Mégret 546 voix, lors d'une élection où le vent soufflait fort à droite.
Cinq ans plus tard, le mistral pousse moins contre les socialistes ; mais le FN a gagné deux villes de la circonscription, Marignane et Vitrolles, où se retrouvent près de la moitié des 90 000 électeurs inscrits dans la circonscription. Comme si le FN comptait désormais sur son implantation locale, à l'instar d'un vieux parti enraciné. Dans quelques semaines, Bruno Mégret et ses adversaires sauront si la greffe FN a pris dans le Sud. Ou pas.
Eric ZEMMOUR
© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.
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