Remaniement, dissolution, virage politique.
« Il est fort difficile de faire des prévisions... surtout quand il s'agit de l'avenir. » Jacques Chirac ne manquera pas de rappeler cette boutade qu'il affectionne. Surtout quand l'avenir s'appelle remaniement ministériel ou dissolution de l'Assemblée nationale... Et ne dépend que de lui. Depuis des semaines, visites, audiences, déclarations, rumeurs alimentent le minotaure médiatique, hésitant sans cesse entre le décryptage de la réalité et sa reconstruction virtuelle. Depuis des semaines, les arguments les meilleurs et les autres tournoient aux pieds de l'éminence élyséenne, sans que celle-ci ne tranche : difficile, en année électorale, d'imposer les économies budgétaires que requiert le traité de Maastricht ; éviter que la campagne électorale ne soit monopolisée, confisquée, « polluée », disent les plus farouches européens par les discussions sur l'entrée de la France dans l'euro ; rassembler tous les « poids lourds » de la majorité, Léotard, Sarkozy, Madelin, Pasqua, etc, avant le grand affrontement de mars 1998 ; profiter de la faiblesse de la gauche, et de son leader Lionel Jospin.
« Pas d'actualité »
Le bon argument, le décisif, manque toujours à l'appel. Sans que l'on sache si l'intérêt n'est pas seulement d'en parler... Il y a ceux qui sont pour la dissolution et contre le remaniement ; ceux qui sont favorables aux deux ; ceux qui sont contre la dissolution et pour le remaniement. François Bayrou est de ces derniers. Interrogé hier matin sur Europe 1, il défend son point de vue et le retour, « rapidement », de François Léotard dans le gouvernement qui serait élargi. « Une nouvelle équipe pour un nouvel élan » : la rue de Grenelle prêterait volontiers son slogan à Matignon. Le « flair » politique du ministre de l'Éducation a une telle réputation qu'aussitôt députés à l'Assemblée et journalistes dans les rédactions s'emballent : le remaniement est pour cet après-midi. Jusqu'à ce que tombe le commentaire de l'Élysée : « Pas d'actualité. »
Il est vrai que la logique des deux événements n'est pas la même. Pour justifier une dissolution auprès de l'opinion, il faudrait au moins une inflexion majeure de la politique gouvernementale, que le peuple devrait approuver. Or, le premier ministre est formel : « Il n'y aura pas d'inflexion. » Seulement des réformes à poursuivre, gérer, approfondir. De façon plus politicienne, mais non moins légitime, le pouvoir pourrait être tenté de profiter des faiblesses conjonturelles de l'opposition. Or, Jacques Chirac comme Alain Juppé sont au contraire persuadés que les carences du PS et de Lionel Jospin sont structurelles. Qu'il ne s'améliorera pas d'ici un an. Inutile donc de presser les événements. D'autant plus que Jacques Chirac a refusé de le faire quand il aurait pu dû ? , aussitôt après son élection à la magistrature suprême, et régler ainsi son compte à une majorité qui avait beaucoup pêché par balladurisme. Dissoudre aujourd'hui, ce serait pour le président, reconnaître qu'il a commis l'erreur de ne pas le faire il y a deux ans.
Le destin des grands vaincus
Mais pas remanier. Jacques Chirac a toujours affirmé que les ministres devaient changer souvent, si le premier d'entre eux demeurait inamovible. Pourtant, c'est lui qui, en décembre dernier, mit un terme aux rumeurs de remaniement, qui partaient de Matignon. « On ne remanie pas en position de faiblesse », scandait-on alors, martial, autour de Chirac. L'argument ne tient plus quatre mois plus tard. Mais un remaniement pour quoi, pour qui ? C'est à l'Élysée que l'on rappelle avec une cruelle lucidité que l'intérêt pour le destin ministériel des grands vaincus du balladurisme, Léotard, Sarkozy, en particulier, « ne passait pas le périphérique ».
Alors, pas d'inflexion, pas de remaniement, pas de dissolution ? Ou remaniement sans dissolution ? Ou inflexion sans remaniement ? Presse embarrassée recherche cartomancienne douée, sans a priori, désespérément.
Eric ZEMMOUR
© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.
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