lundi 2 juin 1997

Course de vitesse

Le second tour des élections législatives anticipées.
En grand lecteur de Charles Maurras, Jean-Marie Le Pen sait ce qu'est une « divine surprise ». Et la défaite de la droite fut, pour lui, une magnifique. Elle effaçait tout. La brutalité de la dissolution. La campagne en pointillé de nombreux candidats du FN. Sa méforme personnelle, qui le laissa sans punch et comme décalé. La remontrance sévère de Bruno Mégret, et de tout le parti derrière lui, contre son appel en faveur d'une Assemblée de gauche. Un dernier meeting de l'entre-deux-tours, où, avec ces jeux de mots douteux et la tête de Catherine Trautmann en carton-pâte offerte en sacrifice sur la scène, il s'était caricaturé comme un pathétique désir de rester lui même dans un mélange détonant d'immense talent oratoire et d'immense mauvais goût ; un pathétique désir de refuser obstinément le temps qui passe. Comme si la défaite de la droite lui donnait raison sans qu'il ne soit responsable de rien

Alors, peu importe que le Front national n'obtienne qu'un seul élu : comme un bonheur ne vient jamais seul pour Jean-Marie Le Pen, il s'agit de Jean-Marie Le Chevallier, à Toulon, et non de Bruno Mégret, sévérement battu à Vitrolles.

Chance historique

L'essentiel est ailleurs. « Sortez les sortants », répétait à satiété le FN. De droite comme de gauche, prenait-on le luxe de préciser. Mais les trois quarts des sortants étaient de droite. Un hasard. La victoire socialiste est la chance historique d'un Front national qui rêve, depuis près de trente ans, de casser la droite pour la recomposer à son profit. Or, dès hier soir, la droite s'est brisée sous les yeux des téléspectateurs : dans les déclarations de Sarkozy, Léotard, Madelin, Séguin, Juppé s'inscrivait la guerre de tous contre tous, l'éclatement des vieilles structures RPR et UDF, qui ne répondent plus à la situation politique d'aujourd'hui.

Créer un nouveau RPF

Mais le Front national doit-il s'en féliciter ou s'en inquiéter ? Dans un premier temps il peut s'en réjouir. La fin programmée du RPR lui promet, avec ses 15 %, la première place dans un paysage de droite atomisé. Mais si la refondation d'un mouvement gaulliste, républicain, populaire est à ce prix, le Front national ne sera-t-il pas le premier à en subir les conséquences ? N'aura-t-il pas trouvé un concurrent à sa mesure, en particulier auprès des électeurs populaires qui se pressent aujourd'hui derrière lui ? Le projet politique de Bruno Mégret est simple : créer à côté d'un RPR, devenu un parti centriste, libéral, européen et social, un nouveau RPF, populaire et républicain. Si d'autres que lui, Séguin, Pasqua et consorts, le font avant lui, que deviendra le projet de Bruno Mégret ? Si, comme le réclame Nicolas Sarkozy, la droite redevient la droite, le FN pourra-t-il poursuivre, dans le sud de la France en particulier, sa stratégie de remplacement de la droite ?

C'est donc une véritable course de vitesse qui s'est engagée dès hier soir entre le Front national et l'ancienne majorité. Sans que l'on sache d'avance qui en sera le vainqueur.

Eric ZEMMOUR

© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.

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