16 ministres, 10 secrétaires d'Etat composent le premier gouvernement de Lionel Jospin.
C'est l'homme des ruptures éclatantes. Qui n'excluent pas les raccommodages tactiques. L'homme des grands principes. Qui n'excluent pas les compromis cyniques. Par trois fois, Jean-Pierre Chevènement a rompu avec sa famille socialiste : après le tournant de la rigueur de 1983 ; après la guerre du Golfe ; après Maastricht. A chaque fois, il s'est retrouvé à contre-courant, ministre de l'Industrie quand l'heure n'est plus au grand dessein industriel, ou ministre de la Défense, quand François Mitterrand choisit de s'aligner sur les Etats-Unis contre l'Irak. A chaque fois, ce gaullo-socialiste choisit fièrement de rompre. « Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne », a-t-il résumé un jour, dans une belle définition de la solidarité gouvernementale. Mais à chaque fois, il revient. Jadis, il désirait ancrer le PS à gauche, par l'alliance avec les communistes. Ce fut lui qui, avec son courant, le Ceres, permit à Mitterrand de battre Rocard lors du fameux congrès de Metz en 1979. Quinze ans plus tard, après le référendum sur Maastricht, il s'efforça de se rapprocher des « républicains de l'autre rive », Séguin et Pasqua. En vain. Il y a de la constance idéologique dans ses changements stratégiques : une certaine idée de l'Etat, de la République, de la souveraineté nationale. Le maurassien en lui avait définitivement supplanté l'apprenti marxiste. E. Z.
- En prenant son poste, le nouveau ministre de l'Intérieur devra décider s'il poursuit ou non la réforme de la police, engagée par son prédécesseur Jean-Louis Debré. Le vague à l'âme dans les différents services de police a pris une tournure dramatique en 1996 avec une longue série de suicides d'hommes en uniforme. La question des horaires de travail des fonctionnaires de police reste également un point de friction entre la base et la hiérarchie policière. L'avenir du renseignement est également en question. Plusieurs responsables socialistes ont appelé de leurs voeux une fusion de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) et des Renseignements Généraux (RG).
Une réforme aussi fondamentale est assurée, si elle se produit, de provoquer un séisme au ministère, et ce d'autant que les RG ont été déstabilisés par la campagne qui a récemment visé leur chef actuel, Yves Bertrand. Pour ce qui concerne l'immigration, le nouveau locataire de la place Beauvau devra mettre au point un projet de loi afin de compenser l'annulation des lois Pasqua et Debré promise par Lionel Jospin pendant la campagne. La gauche affirme vouloir restaurer le « droit du sol » qui attribue automatiquement la nationalité française à toute personne née dans le pays. Sans l'abroger, les lois Pasqua en avaient limité l'application.
Enfin, le nouveau pouvoir aura à décider s'il convient de faire dépendre les collectivités locales du seul ministère de l'Intérieur.
Eric ZEMMOUR, Stéphane MARCHAND
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