mardi 30 septembre 1997

Opposition : la fièvre des dimanches soir

Face à la gauche plurielle et à un FN ambitieux


Bien sûr, l'Alsace est une région frontalière, travaillée par de fortes pulsions régionalistes. Bien sûr, la Seine-Saint-Denis est un département sinistré où prolétarisation rime avec immigration. Bien sûr, le Pas-de- Calais est une vieille terre de gauche, où la droite n'a jamais été en odeur de sainteté électorale. Bien sûr, l'abstention fut souvent forte. Bien sûr. Mais à force de se trouver de bonnes raisons à son expulsion du jeu politique, la droite RPR-UDF ne finira-t-elle pas par considérer toute la France (des scrutins partiels) comme une immense... exception ?

En attendant, le dimanche électoral du 28 septembre 1997 demeurera un jour sombre pour l'ex-majorité. Sur cinq seconds tours de cantonales partielles, elle ne fut présente qu'une seule fois, dans le canton d'Aubigny-en-Artois, (Pas-de-Calais). Qu'elle perdit au profit du Parti socialiste. Sur les quatre cantons restants, le Front national s'est retrouvé à trois reprises l'unique adversaire de la gauche. Cherchez l'erreur. En Alsace, son candidat, Gérard Freulet l'a emporté. Après moult défaites sur le fil du rasoir. Après que la droite locale eut tout essayé, « Front républicain » ou « ni-ni », ni PS-ni FN. En Seine-Saint-Denis, les scores des candidats du FN semblent indiquer que les reports de voix de second tour ont été parfaits... du RPR (ou de l'UDF) vers le Front national.

Introspection

Longtemps, les élections cantonales furent pourtant la pire des épreuves pour des candidats du Front national, mal implantés, pas notabilisés, isolés. Longtemps, l'Alsace fut une terre d'accueil pour les candidats gaullistes, qui symbolisaient l'appartenance à la « grande nation », seul sentiment capable de rivaliser politiquement avec la tradition démocrate-chrétienne. Mais la bourgeoisie démocrate-chrétienne a adopté les socialistes, de Catherine Trautmann à Jean-Marie Bockel. Et le « peuple » affirme son « idendité » française en votant FN. De même, en Seine-Saint-Denis, le RPR constituait la seule force d'opposition crédible à la mainmise communiste sur la ceinture rouge. Le FN prend peu à peu sa place comme premier adversaire des « rouges ». Comme si, au moment où le RPR et l'UDF découvraient tardivement la nécessité de parler de la « patrie », le FN lui dérobait le flambeau de l'opposition.

Comme si le clivage entre identité et mondialisation subvertissait peu à peu le traditionnel combat droite-gauche, entraînant côte à côte ouvriers au chômage et petits patrons menacés par les grandes surfaces. Au plus grand profit du FN.

Et au plus grand désarroi du RPR et de l'UDF, divisés entre des élites libérales, qui se jettent avec délectation dans le grand bain du marché mondial, et des troupes de base qui ne voient plus leur salut « sécuritaire » que dans un national-populisme de bon aloi.

Au-delà des luttes d'influence et de pouvoir au sein de la droite, c'est bien son incapacité à réunir les deux bouts de cette contradiction qui donne cette délétère impression de morcellement. Un RPR, en phase d'introspection séguiniste, qui n'a pas encore trouvé le point d'équilibre entre la ligne libérale de Balladur-Sarkozy et la tendance nationale-républicaine et sociale incarnée désormais par Charles Pasqua. Une UDF qui vit une période de transition où l'on ne sait pas encore qui, de Démocratie libérale d'Alain Madelin, ou de Force démocrate de François Bayrou, dominera définitivement l'autre, et remplacera l'UDF tout entière comme force européenne, libérale, sociale.

« Il n'y a plus rien »

Au Front national aussi on connaît tiraillements, rivalités, luttes de pouvoir et d'influence. Mais le comportement de ses chefs relève davantage désormais du traditionnel partage des rôles digne des films policiers entre Le Pen « le méchant » et Mégret « le gentil », entre Le Pen qui insulte et expose les têtes sur un plateau, et Mégret qui offre à la droite des accords de désistement. Entre Le Pen qui affirme que des alliances avec la droite ne servent à rien, puisqu'elle s'effondrera d'elle-même, et Mégret qui rappelle que la « stratégie à l'italienne » c'est-à-dire le retour dans le jeu démocratique, et au pouvoir au sein d'une coalition des droites, d'une extrême droite italienne héritière du fascisme repose d'abord sur les ruines de la démocratie chrétienne italienne.

Pour la droite, les choses ont désormais l'avantage de la simplicité : le Front national aspire tout simplement à la remplacer. Place pour place. « Nous sommes la droite », disait déjà Bruno Mégret lors de sa campagne à Vitrolles. A Mulhouse, Gérard Freulet se présente désormais sans étiquette. Comme s'il aspirait ainsi, dans l'anonymat faussement revendiqué, à représenter toute la droite mulhousienne, dans la perspective du prochain combat municipal. « Entre nous et les socialo-communistes, il n'y a plus rien qu'un marigot qu'il suffira d'assécher », proclamait Le Pen, dimanche, lors de la Fête des bleu-blanc-rouge.

Lorsqu'elle était au pouvoir, la droite se flattait de combattre deux adversaires à la fois, le PS et le FN. Lors des prochaines élections régionales, le PS comme le FN s'efforceront, dans de nombreuses régions, de transformer le RPR et l'UDF en forces supplétives de leur combat. La droite fiévreuse n'est pas sûre aujourd'hui d'échapper à ce terrible piège.

Eric ZEMMOUR

© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.

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