samedi 22 novembre 1997

Des héritiers en quête de ressourcement

« Et le RPR, vous croyez qu'il va mieux ? » Quand un élu UDF rencontre un autre élu UDF, ils se racontent des histoires... de RPR. Par habitude. Pour se consoler. Parce qu'ils n'ont rien à dire de l'UDF.


Il y a vingt ans, le président Giscard d'Estaing avait confédéré libéraux et centristes, pour faire pièce à l'offensive chiraquienne, selon le vieux et simple précepte : l'union fait la force. Ses héritiers voient dans le ressourcement la seule issue de secours : l'identité fait la force. Alain Madelin et son « message libéral », François Bayrou et son rêve obstiné de « grand centre », chacun suit sans complexe la même stratégie : se ressourcer, se déployer, dominer.

Pour se présidentialiser. François Bayrou s'efforce d'attirer à lui un centre gauche révulsé par l'affection débordante de Jospin pour les communistes, mais à ses conditions : « L'alliance avec les socialistes, ce sera sans moi », a-t-il prévenu les siens la semaine dernière. Alain Madelin, armé du seul pied de biche libéral, tente d'ouvrir tous les coffres-forts de la sociologie électorale française. Chacun s'observe, se surveille, se marque, se contre.

L'UDF se meurt, l'UDF est morte. Rigolard, Alain Madelin prend en privé les intonations des actualités d'avant-guerre pour commenter « les responsables du RPR et de l'UDF se sont rencontrés hier... ». Comme au tableau noir, didactique, François Bayrou note sans ambages : « Il y a deux partis possibles à droite, celui républicain autoritaire à la Pasqua, et Force démocrate. »

Oasis et mirage

Et leurs troupes de regarder François Léotard avec la commisération que l'on a pour un roi sans royaume. Pourtant, des années durant, Léotard avait bataillé pour s'emparer de cette présidence de l'UDF. Mais s'apercevant que son oasis n'était qu'un mirage, il s'est vite lassé de tenir les manettes d'une « machine à préparer des élections qu'on va perdre », selon le mot d'un conseiller régional UDF.

Elle ne sera rien d'autre, chacun y veille. Certes, Bayrou et Madelin ont accepté que se tiennent aujourd'hui un conseil national de l'UDF, sans objet ni enjeu, comme un cri de survie poussé dans un désert médiatique en même temps que le congrès du Parti socialiste ! Mais Alain Madelin avait sèchement prévenu toute tentation venue de l'avenue Charles-Floquet (où siège l'UDF) : si une motion proposait la fusion de toutes les composantes de la confédération, il boycotterait le conseil national !

Il n'y aura ni fusion ni confusion. Mais peut-être perfusion. D'anciens ministres d'Alain Juppé, comme Charles Millon ou Philippe Vasseur, plaident pour un « parti du président » qui, à défaut d'un ambitieux « parti unique de la droite », porterait Jacques Chirac sur le pavois des droites.

Cette stratégie suppose que les gaullistes donnent l'exemple de la « fidélité ». Or, les nouveaux maîtres de la rue de Lille ont une autre idée en tête. Sous les sarcasmes et les quolibets, et, ajoutent certains dirigeants du RPR furibonds, « les campagnes de presse inspirées par l'Elysée », Philippe Séguin et Nicolas Sarkozy s'efforcent de mettre en branle un mouvement républicain et libéral. Une sorte de version modernisée de l'axe de Gaulle-Pompidou, qui renouerait avec l'alliance tumultueuse mais efficace de la nation et du libéralisme. Lourde tâche.

Séguin et Sarkozy veulent tout changer au RPR : le nom, le siège, l'ambition. Les deux hommes lorgnent donc du côté de l'UDF. Sarkozy active ses réseaux patronaux et balladuriens. Il prête une oreille attentive aux émois des élus de Démocratie libérale qui ne comprennent pas les déclarations « gauchistes » de Madelin sur la drogue ou le Cucs, et à l'amertume de députés Force démocrate qui se sentent « méprisés » par un Bayrou qu'ils jugent « arrogant » et « refermé sur lui-même ».

Chacun ses petits soucis. Le député de Neuilly aura du mal à incarner un libéralisme populaire ; et le patriotisme flamboyant d'un Séguin devra s'arrêter où commence la politique européenne du président Chirac, rétorquent les moutons UDF qui refusent de se laisser manger par le loup gaulliste.

Un loup gaulliste qui ne fait plus peur à grand monde d'ailleurs. Car le drame de la droite est qu'elle n'a plus de grand prédateur incontesté. Les anciennes allégeances, RPR de Chirac et UDF giscardienne, sont mortes. Mais les nouvelles tardent à s'imposer.

Eric ZEMMOUR

© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.

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