Ils réclament un report de la monnaie unique
Cela ressemble à un baroud d'honneur. A moins que ce ne soit un point de départ. On doute en effet que la vingtaine de parlementaires réunis hier sous l'auguste parrainage de Maurice Schumann, obtiennent le report de l'euro comme d'autres avaient réussi, il y a plus de quarante ans, l'enterrement de la Communauté européenne de Défense.
On peut s'interroger sur cette discordance des temps qui voit Charles Pasqua relancer sa campagne pour un nouveau référendum sur l'euro, au moment où Robert Hue y renonce discrètement. Vérité d'opposant, erreur de majorité.
Jacques Chirac et Lionel Jospin ont naguère donné l'exemple : avant l'élection, tous contre l'euro et Trichet. Après la victoire, vive l'euro et Trichet candidat de la France au poste de gouverneur de la Banque européenne !
Les militants ne s'y retrouvent pas toujours, comme ces jeunes RPR qui, il y a quelques jours, rabrouaient le commissaire européen Yves Thibault de Silguy venu leur vanter les mérites de l'euro, tout en clamant sans répit le nom du président de la République : l'homme qui a pris tous les risques politiques pour ne pas être celui qui empêcherait la mise en oeuvre de la monnaie unique.
Un débat désuet
Il n'y avait aucun élu de gauche, hier, dans cette petite salle de l'Assemblée nationale. Il n'y avait aucun chef de parti de droite non plus, à l'exception de Philippe de Villiers ; le patron du RPR est obligé de mesurer ses philippiques anti-européennes au trébuchet des engagements internationaux de Chirac ; et on se doute bien que les centristes Christine Boutin ou Maurice Leroy n'étaient pas mandatés par les dirigeants de Force démocrate.
Alors, plus que quelques mois à tenir, avant que tout rentre dans l'ordre, qu'on oublie l'Europe et l'euro, que le cher et vieux clivage droite-gauche ballotté, ridiculisé, ignoré, mais sauvé, reprenne tous ses droits ?
Et si c'était le contraire ? Et si dès après l'euro, il y avait l'harmonisation fiscale, sociale, budgétaire ? Les derniers lambeaux de souveraineté nationale avalés par le minotaure bruxellois ? Plus rien ne sera comme avant. Interdits, les débats franco-français. Tout se fera sous le regard de nos voisins-alliés-amis-censeurs. Ainsi, notre débat d'aujourd'hui sur la nationalité est-il déjà désuet. C'est pourquoi chacun y étale ses contradictions.
Souverainistes
Les plus fervents européens ne jurent que par la tradition républicaine de la France dont ils se gaussent tant pour l'économique ou le social et son droit du sol, qui affole en silence les dirigeants allemands restés fidèles à leur droit du sang.
Mais les seuls qui osent prôner l'harmonisation avec le voisin allemand, les seuls qui admettent que la suppression du service militaire entraîne la fin de la « chair à canon » et sa matrice juridique et historique, le droit du sol, sont ceux-là mêmes qui ont condamné la réforme chiraquienne des armées et veulent nous sortir de l'Europe de Maastricht : le Front national !
Ainsi, l'Europe a-t-elle, il y a cinq ans, ébranlé notre vie politique durablement. Républicains contre démocrates, souverainistes contre fédéralistes, identitaires contre mondialistes, société close contre société ouverte, les mots changent selon les intentions et les arrière-pensées, mais le clivage a de l'avenir.
Pour l'instant, il est contenu, masqué, occulté. A droite, par la présence à l'Elysée de Jacques Chirac. A gauche, par la politique de Lionel Jospin, qui par l'action, ou le plus souvent par le discours, concilie l'inconciliable, le libéralisme et le volontarisme, l'Europe et la République. Au risque de la schizophrénie.
Eric ZEMMOUR
© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.
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