samedi 29 novembre 1997

Rien ne change

Il y a trente ans, Jacques Dutronc chantait : « Et toujours le même président. » Aujourd'hui, il pourrait chanter : « Et toujours la même politique. » Monétaire, budgétaire, euro, tout change... Et rien ne change.


Et pourtant, les électeurs envoient élection après élection le même message hostile. Rien n'y fait. Les augures prétendaient hier : « Les élections se gagnent au centre. » Désormais, ils pourraient proclamer : « Elles se gagnent à la République. » Chirac d'abord, Jospin ensuite. Et pourtant, aussitôt élus, les gouvernements s'empressent de faire comme leurs prédécesseurs.

C'est ce mystère que Philippe Cohen, chef du service économique à Marianne, s'efforce d'éclaircir dans un livre charge qu'il intitule pertinemment Le Bluff républicain. Pas si simple. Politiques, mediatiques, économiques, diplomatiques, les pressions sont fortes, et de toutes sortes. Philippe Cohen n'épuise d'ailleurs pas le sujet, qui touche à des mystères psychologiques pour un Jacques Chirac qui a peur par-dessus tout de « passer pour un rigolo » auprès de Helmut Kohl.

Cruelle vérité

Au passage, Philippe Cohen décrit avec une grande vigueur et une cruelle vérité une société française en pleine décomposition, entre classes moyennes qui se prolétarisent et possédants qui s'enrichissent, sous le regard vigilant d'une gauche morale qui, du haut de ses places fortes médiatiques, fait la police de la pensée, terrorise journalistes et politiques, fait rentrer dans le rang jusqu'au Parti communiste, et pousse les vrais exclus de la société, de plus en plus nombreux, à rejoindre le parti qui apparaît comme l'exclu de la classe médiatico-politique.

Mais c'était peut-être le but du jeu ?

Eric ZEMMOUR

© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.

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