vendredi 14 novembre 1997

L'opposition explore le temps

Les réactions après la polémique nourrie par les déclarations du premier ministre sur les crimes du communisme


Les séances de questions à l'Assemblée nationale seraient-elles devenues le théâtre où l'opposition a choisi de donner à Lionel Jospin l'occasion de déployer ses talents de prof d'histoire ?

Mercredi après-midi, c'était le communisme, ses crimes et ses héros. Il y a quelques semaines, c'était le procès Papon, le gaullisme et Vichy. A chaque fois, le premier ministre trouve le moyen de se faire applaudir à gauche et de révéler les divisions de la droite.

Pour l'instant, ça marche bien pour lui. L'opposition, désemparée par sa défaite, en proie au doute existentiel, minée par des années de déculturation technocratique, gestionnaire et de honte de soi, est à la recherche de ses racines. Le gaullisme pour le RPR, l'anticommunisme pour les libéraux. Philippe Séguin et Alain Madelin ont longtemps incarné une « authenticité » idéologique toujours rejetée au nom des nécessités prétendument pragmatiques de gestion. Mais c'est justement au nom de cette « authenticité » qu'on est venu les chercher au soir de la défaite du 1er juin.

Il ne faut donc pas s'étonner qu'ils fassent ce pourquoi ils ont été portés sur le pavois : ramener la droite à ses racines, pour mieux la ressourcer.

L'ennui, c'est que ces racines ne sont pas les mêmes. Quand Séguin se plaint que le procès Papon tourne à celui du gaullisme et de la France, les libéraux se gaussent et approuvent, eux, ce « procès de l'Etat ». Quand les députés de l'UDF quittent spectaculairement l'hémicycle, avant-hier, les RPR ne bougent pas : le Général a gouverné avec les communistes ! Surtout, ce retour sur soi, sur son idendité et ses racines, ramène la droite dans un cadre historico-politique qui lui a donné de longues années de pouvoir sans partage. Mais qui a comme unique inconvénient d'avoir disparu.

Dès mercredi matin, lors du petit déjeuner des députés de Démocratie libérale, puis lors de la réunion de groupe UDF, les mêmes arguments sont échangés entre ceux qui, autour de François d'Aubert, veulent poser la question du communisme et de ses méfaits, et ceux, comme Philippe Vasseur, qui trouvent cela inutile. « Vous ne pourrez pas reconstruire le mur de Berlin », clame ce dernier. La mort du communisme a-t-elle tué l'anticommunisme ? Pas du tout, rétorquent les premiers, il faut « démoraliser » l'alliance des socialistes avec les communistes, en « diabolisant » le PCF, pour redonner un semblant d'équilibre entre la gauche et une droite handicapée par le tabou du Front national. Alors, interrogent Vasseur et les autres, « c'est pour légitimer d'avance une alliance de la droite avec le FN ? ». Pas du tout, affirment les premiers. « Dans ce cas, c'est inutile », triomphent les seconds. Qui ajoutent : « Mieux vaudrait diviser socialistes et communistes plutôt que les réunir. »

Gribouille

Débat sans fin. Car ce débat idenditaire est par ailleurs pollué par les arrière-pensées tactiques. D'abord, les élections régionales. Les experts de la droite craignent une forte poussée du FN. Les présidents de régions de Démocratie libérale sont en première ligne. Faire alliance ou pas avec le parti de Jean-Marie Le Pen est la seule question qu'ils se posent déjà. « Les élections régionales sont... régionales », répond d'avance Alain Madelin, qui leur laisse carte blanche. On a pu voir d'autre part un François Bayrou, président du groupe UDF à l'Assemblée, très en verve dans ce combat. Le président de Force démocrate, qui rêve de reprendre tout l'espace du centre à Lionel Jospin, a en effet intérêt à pousser les socialistes vers leur gauche, et à empêcher ainsi Jospin de se prendre pour le petit frère de Tony Blair. Tactique de gribouille ? Peut-être car cela n'interdira nullement au premier ministre, comme on l'a vu ces dernières semaines, de privatiser France Télécom, ou d'entonner l'hymne sécuritaire.

Mais les résultats de cette nouvelle escarmouche historico-politiques ne sont pas univoques. Dans sa réponse, Lionel Jospin a repris mot à mot l'histoire officielle du Parti communiste sur lui-même : Front populaire, parti des 75 000 fusillés et gouvernement du général de Gaulle. Oubliées la déchéance du PCF en 1939 pour cause de pacte germano-soviétique ; et la « trahison » de Maurice Thorez, plus soviétique que français. Mais les mensonges historiques finissent toujours par se retourner politiquement contre leurs auteurs. Ou leurs successeurs. Et puis, comme le notait un député libéral fort pertinent, l'argument franco-français de Lionel Jospin défendant un Parti communiste français qui « n'a lui-même jamais porté la main sur les libertés » pourrait bien servir à légitimer... le Front national.

Eric ZEMMOUR

© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.

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