Au congrès de Brest, les éléphants socialistes cédent la place aux « quadras »
Il a toisé la foule un long moment. Avec ses poses de tribun plebéien, son verbe lyrique et enflammé d'orateur d'avant guerre, tonnant et rugissant entre imprécation, provocation, exaltation, Jean-Luc Mélenchon a arraché à des congressistes socialistes baignant dans une douce euphorie, mieux que des applaudissements : un peu de passion.
La thèse du candidat que la Gauche Socialiste a opposé au premier secrétaire adoubé d'avance, François Hollande, avait le mérite de la simplicité. Face au libéralisme, la République ! Face à la mondialisation, la République ! Face à l'Europe, la République ! République sociale, bien sûr, celle de 1848, pas celle du général Cavaignac ; des communards, non des Versaillais. République européenne. Quand on lui explique que nos voisins ne sont pas demandeurs, que la République a jadis exporté son modèle dans les bagages de la « grande armée », il rétorque : « Il n'y avait pas que du mal dans Napoléon ! »
Mais foin de références historiques. La question est d'ici et maintenant. Comme à droite, elle oppose les « Républicains » aux « démocrates », l'idendité à la mondialisation, la souveraineté des nations à l'Europe libre-échangiste. Clivage qui connut son heure de gloire au moment du referendum sur le traité de Maastricht et qui, depuis lors, subvertit peu à peu la vieille opposition droite-gauche.
Mais il n'était pas question pour les dirigeants du parti socialiste de s'y laisser enfermer, sous peine de se renier. Dès la campagne des élections législatives, Lionel Jospin avait opposé les rigueurs du modèle républicain au projet modernisateur d'Alain Juppé.
Réduit libéral
Hier, François Hollande n'a cessé de rassurer son parti : « Nous ne sommes pas des libéraux de gauche ». Et de dénoncer sans nuances « le fondamentalisme néo-libéral ». Et de repousser sans cesse la droite dans le réduit politique et historique où il voudrait qu'elle se confine : le libéralisme. Lionel Jospin ne sera pas en reste. En bon dialecticien, il se veut la synthèse entre première et deuxième gauche, entre jacobins mitterrandiens et libéraux rocardiens ; mais aussi entre « enracinement » et « ouverture sur le monde ».
C'est au nom de la nation qu'il se défie d'un gouvernement économique européen, quitte à laisser la banque centrale européenne librement gerer notre monnaie. C'est au nom d'un anti-« hégémonisme » américain, qu'il s'est refusé à casser son seul contre-pouvoir potentiel, l'Europe. Quitte à ce que cette dernière nous impose un modèle économique et culturel, finalement très proche du sien.
Ainsi, Jospin oscille-t-il entre sincérité républicaine et habileté politicienne. Entre action et discours. Il impose les 35 heures avec grand bruit, mais les échangera contre l'annualisation et la flexibilité. Il est fier des emplois Aubry et de leur « volontarisme », mais laisse le même ministre écorner les principes d'égalité de la politique familiale. Etc.
Ses adversaires le jugent, avec une admiration agacée, inssaisissable. Ils se consolent seulement en se disant, comme ce Lénine que le premier ministre ne parvient décidément pas à mettre dans le même sac que Staline : les faits sont têtus.
Eric ZEMMOUR
© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.
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