Après l'annonce par Philippe Séguin de se donner à plein temps au Rassemblement
Un président à plein temps. Depuis sa conquête du RPR en juin dernier par Philippe Séguin, ses amis ne cessent de louer sa disponibilité. Celle-ci contrasterait avec celle d'un Jacques Chirac président du RPR-maire de Paris-député de Corrèze, ou d'un Juppé premier ministre-maire de Bordeaux. Une différence encore accentuée par sa décision de quitter la mairie d'Épinal.
Mais Philippe Séguin n'aura pas trop de tout son temps pour redonner confiance et idendité à un mouvement qui se cherche toujours. La pacification des esprits n'est pas encore achevée qu'on reproche à la « machine » RPR de ne plus fonctionner ; la démocratisation du mouvement pas encore réalisée que manque une ligne politique cohérente. Dans un mouvement qui a le culte du chef, Philippe Séguin est évidemment le pôle de convergence des frustrations et des angoisses. Hier, il était le « sauveur » du gaullisme ; désormais, il serait le « Rocard » du RPR. Il y a ceux qui lui reprochent d'avoir abandonné le discours « républicain ». Et ceux qui l'exhortent à renoncer à son « tropisme social-démocrate ». Ceux qui se gaussent de son « introspection psychanalitique », et ceux qui regrettent une « insuffisante démocratisation ».
A tous, il répond qu'il veut être le « catalyseur », l'« accoucheur », le « révélateur », bref, l'homme de la synthèse. Mais chacun aimerait bien que celle-ci penche de son côté. Tout est bon pour y parvenir. Ainsi le débat sur l'organisation du RPR nouveau préfigure souvent un débat sur la ligne politique du mouvement. Le libéral balladurien Patrick Devedjian prône « une élection démocratique des secrétaires départementaux. » Selon lui, cette organisation décentralisée peut seule favoriser « l'émergence de courants au sein du RPR ».
Organisation et ligne
La séguiniste Elizabeth Hubert songe au contraire que seule « la nomination des secrétaires fédéraux permet au président du mouvement d'imposer une ligne politique ». Alors, morts-nés, les courants au RPR ? « les courants au parti socialiste s'inscrivent dans une culture vraiment unitaire. Chez nous, il n'y a pas cette culture de courants mais des personnalités qui se combattent ».
Et les combats du passé laissent des traces. Officiellement, l'heure est à la réconciliation. Pourtant, certains amis du président Séguin avouent qu'ils regrettent de « n'avoir pas viré certains secrétaires fédéraux » mis en place par Alain Juppé. Ils ne joueraient pas loyalement le jeu. Il y a une semaine, la jeune garde de l'ancien premier ministre, groupée autour de Pierre Bédier et Jean-François Copé, n'a pas hésité à publier une tribune dans le journal Le Monde, qui sonnait aux oreilles de l'actuelle direction, comme un avertissement : retenez-nous ou on fait un malheur ! Ou comme une offre de services. De leur côté, les pasquaïens sont exaspérés de n'entendre s'exprimer que la sensibilité libérale. Lettre, mailing, fax aux parlementaires, tribunes ou interviews dans la presse, le « courant » Pasqua hausse le ton. Avec une cible privilégiée : l'Europe de Maastricht.
Les deux bouts de la chaîne
Et puis, il y a le cas Sarkozy. Son activisme inquiète. Médias et militants, l'homme tient les deux bouts de la chaîne. Les plus hostiles reconnaissent que « les militants, après l'avoir hué, l'applaudissent » ; mais, c'est pour ajouter, dans un gros soupir : « Ils ne l'aiment toujours pas, mais ils ne voient que lui. Séguin ne bouge pas de la rue de Lille. Alors, évidemment... » D'autres, beaucoup plus retors, préviennent Séguin contre le futur secrétaire général du mouvement gaulliste : « Sarkozy est en train de prendre le contrôle de l'appareil. Demain, il s'en servira pour piquer le parti à Séguin. » Mais le responsable des fédérations au RPR s'appelle François Fillon, un fidèle de la Séguinie. Sûrement un hasard...
Alors, le danger viendrait de l'extérieur ? De ces chiraquiens qui l'attendraient au coin du bois régional, pour l'abattre au nom des piètres résultats électoraux annoncés, comme un vulgaire Michel Rocard, après les européennes de 1994 ? Philippe Séguin a déjà prévenu : il faudra venir prendre les voix RPR « avec les dents ». Et son siège de président du RPR aussi ? Le soir des assises du RPR, le 31 janvier prochain, sera aussi le lancement de la campagne du mouvement gaulliste pour les régionales. Philippe Séguin pourra alors montrer une fois encore son goût irrépressible pour les causes qui semblent perdues d'avance.
Encadré(s) :
Trois rendez-vous
Sur l'agenda des élus et militants RPR, trois rendez-vous pour les trois prochains mois. Le 13 novembre, les parlementaires participeront au pèlerinage annuel de Colombey-les-Deux-Eglises sur la tombe du général de Gaulle. Le 13 décembre, lors d'un conseil national à Paris, la synthèse du débat engagé dans les fédérations sera présentée au « parlement » du Rassemblement. Enfin, le 31 janvier, en présence de la direction collégiale réunie pour la dernière fois, le projet du RPR ainsi que la réforme des statuts, seront mis au vote, lors d'assises extraordinaires.
Eric ZEMMOUR
© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.
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