La droite et le Front national
Depuis sa défaite du 1er juin dernier, la droite s'interroge sur ses relations avec le Front national. Diabolisation ou pas, dialogue ou pas, alliance ou pas, au sein de chaque parti, les avis divergent et s'opposent. Certains, au sein du RPR ou de l'UDF, voyant avec angoisse les élections régionales approcher en mars prochain, se demandent s'ils ne devraient pas s'allier aux élus du FN pour sauver leur majorité au sein de leur conseil régional. Au cours des années 80, Bernard Stasi fut l'un de ceux qui, avec le plus d'éclat et de talent, incitèrent la droite à affronter sans concession les thèses et les hommes du Front national. Il nous explique pourquoi il n'a pas changé d'avis.
LE FIGARO. Vous avez toujous combattu toute alliance avec le Front national. Vous ne vous sentez pas un peu responsable de la défaite de l'ancienne majorité ?
Bernard STASI. En tant que vice-président de Force démocrate et membre du bureau politique de l'UDF, je me sens solidairement responsable de l'échec. Mais je n'ai pas la moindre mauvaise conscience d'avoir toujours été de ceux qui se sont opposés à toute alliance, tout compromis avec le Front national, et à la moindre complaisance à l'égard de ses thèses. Si j'ai rendu un seul service à ma famille politique, c'est précisément d'avoir été toujours constant et ferme sur ce point. Un point qui n'est pas secondaire puisque ce sont les valeurs qui sont en jeu.
La droite peut-elle gagner les prochaines élections avec une extrême droite à 15 % ?
La droite seule, non. Pour que l'opposition gagne les prochaines élections, il faut que le centre existe et qu'il se fasse entendre en tant que tel. Autrement dit, si l'opposition se recroqueville exclusivement sur les valeurs de droite, telles que le libéralisme économique et une approche essentiellement sécuritaire des problèmes de société, son audience dans le pays se recroquevillera aussi.
L'opposition ne pourra revenir au pouvoir que si elle prend en compte les valeurs du centre, Europe, décentralisation et approche sociale. Contre un parti d'extrême droite à 15 %, la droite ne peut gagner qu'avec le centre.
Ne croyez-vous pas que la tentation existe dans une partie de la droite, de trouver des accords avec le FN à l'occasion des prochaines élections régionales ?
Bien sûr que cette tentation existe et certains des porte-parole de l'opposition ne font même pas l'effort de dissimuler l'envie qu'ils ont d'y succomber. Mais je fais confiance à l'opposition dans son ensemble pour tenir bon. C'est une question de morale. Pendant des années, nous avons dénoncé à juste titre l'alliance immorale entre le parti socialiste et un parti communiste qui défendait un système totalitaire, responsable de plusieurs millions de morts. Ce serait nous renier que nous allier à notre tour à un parti dont l'idéologie de haine et de racisme a provoqué aussi des massacres.
Mais, au-delà de la morale, il y a aussi une réalité politique ?
Justement. Si le FN progresse, toutes les études d'opinion montrent aussi que ce parti suscite une réaction de rejet chez un nombre de plus en plus important de nos concitoyens. Il est donc évident que plus elle cherchera à se rapprocher du FN, plus l'opposition verra s'éloigner d'elle un grand nombre de nos concitoyens. Par ailleurs, je ne doute pas que Jaccques Chirac qui a toujours été intransigeant à ce sujet saura user de sa tutelle morale en cas de dérive de la part de l'actuelle opposition.
Auriez-vous la même attitude de refus si Le Pen était remplacé par Bruno Mégret ?
Quelle que soit la personnalité de Le Pen, le FN, c'est une équipe de dirigeants et une armée de militants qui partagent les mêmes valeurs, c'est un corps de doctrine fondé sur l'inégalité des races et une France frileuse et hargneuse, repliée sur elle-même. Un simple lifting du FN rassurerait peut-être quelques gogos et donnerait bonne conscience à ceux qui ont envie de s'entendre avec lui. Mais ceux qui croient que la politique est d'abord le respect de certaines valeurs ne seraient pas dupes d'une telle mascarade.
Eric ZEMMOUR
© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.
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