Deux projets de loi sur l'immigration à l'automne
Jean-Pierre Chevènement ne sera pas Pierre Joxe. Et Lionel Jospin, Michel Rocard. Il est vrai que François Mitterrand ne règne plus à l'Elysée. On se souvient qu'après 1988 le président réélu avait contraint le premier ministre et le ministre de l'Intérieur de l'époque d'abroger la loi Pasqua sur les flux d'immigration. Cette fois, il n'en sera rien. Certes, Lionel Jospin, après une résistance acharnée, s'était finalement laissé arracher cette promesse électorale : « Nous abrogerons les lois Pasqua-Debré. » Ne doutant pas alors de la victoire de la droite, il la croyait sans conséquence.
Mais une fois à Matignon, le nouveau premier ministre s'empressa d'éteindre l'incendie qu'il avait lui-même contribué à allumer. Il désigna Pierre Weil pour lui concocter un rapport à la fois universitaire et politique, le plus « consensuel » possible. Ce rapport servira de base aux deux projets de loi que présentera le gouvernement à l'automne, dans lesquels les verrous répressifs apposés au nom de l'Etat et de sa souveraineté, par les deux précédents ministres de l'Intérieur, ne devraient pas être supprimés.
Lionel Jospin poursuit ainsi un objectif politique défini depuis de nombreuses années : enrayer la désaffection populaire à l'égard de la gauche. Et pour cela aborder franchement les questions de sécurité et d'immigration, quitte à faire hurler les « belles âmes ». Pour la droite, on ne sait pas ce qui, de l'angélisme pervers de Mitterrand ou de l'austère rigueur jospinienne, est le plus dangereux. Si elle veut combattre désormais la gauche sur ce terrain, il faudra qu'elle ose remettre en cause les « abandons de souveraineté », qu'elle a acceptés depuis longtemps, sur le regroupement familial, le droit d'asile, ou l'égalité de droits entre Français et étrangers. Sinon, elle laissera une fois de plus le FN seul opposant. Pour mener à bien cette entreprise de reconquête, Lionel Jospin ne s'est pas trompé dans le choix de son ministre de l'Intérieur. Avec Jean-Pierre Chevènement, le jacobin patriote, pour qui la nation est l'ultime catégorie politique, il a sous la main la seule antithèse de cette tendance humanitariste qui règne sur la gauche depuis vingt ans. Il en aura bien besoin pour sortir du second engrenage dans lequel il a mis un doigt imprudent : la régularisation des sans-papiers qui manifestaient hier, dans la rue, pour le premier anniversaire de leur expulsion de l'église Saint-Bernard.
Eric ZEMMOUR
© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.
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