Il n'y aura pas de courants au RPR. Mais on se retrouvera entre amis. Et plus car affinités. Il y a quelques années, Charles Pasqua et Philippe Séguin avaient créé « Demain la France ». Édouard Balladur avait lui aussi constitué sa petite cellule de réflexion, « L'Association pour la réforme ». Comme s'il était impossible de réfléchir au sein des instances du RPR.
L'ancien président du mouvement gaulliste, Alain Juppé, a sans doute pensé que rien ne changerait radicalement dans le nouveau RPR dirigé par Philipe Séguin. En tout cas, ses amis ont décidé de se rassembler, pour se tenir chaud. Se compter et compter. On ne prend pas (encore ?) les armes contre la nouvelle direction, et les juppéistes sont prêts à participer aux instances dirigeantes. Mais on demeure méfiants. « Nous sommes dans la même barque, mais nous avons notre propre pagaie, résume un proche de l'ancien premier ministre. L'avantage de la défaite électorale, c'est que chacun pourra dire ce qu'il pense. A Séguin de faire la synthèse. » Et ce ne sera pas une mince affaire.
Entre Pasqua, Balladur, Juppé, et les autres ; entre le volontarisme étatique et le libéralisme, le technomodernisme européen et la nostalgie nationale-républicaine, Philippe Séguin, qui n'est plus une aile du mouvement, plus une personnalité parmi d'autres, mais la tête d'un rassemblement composite, devra en « donner » un peu à chacun.
Pour cela, il prendra en main le mouvement plus vite et plus fort qu'il ne l'avait sans doute souhaité. Les assises auront lieu à la fin de l'année, avant même que toutes les instances militantes aient été renouvelées. Et le poste de secrétaire général sera supprimé. Bien sûr, des raisons de fond militaient en ce sens. La survie du titre de président de RPR, alors même que Jacques Chirac était à l'Élysée, avait été critiquée par Philippe Séguin lui-même. D'autres avaient proposé que le secrétaire général du mouvement fût lui aussi élu par les militants. Mais cette double légitimité aurait inévitablement entraîné une rivalité.
Exit donc le poste de secrétaire général. La personnalité du pressenti pour le poste, Nicolas Sarkozy, n'est pas pour rien dans le choix final. Philippe Séguin a pu observer le ressentiment que suscite encore le maire de Neuilly. Il y a quelques jours encore, interrogée sur le sujet, Elisabeth Hubert répondait vertement que Nicolas Sarkozy n'était qu'« un parmi dix autres » membres de la direction provisoire. Sans doute, Philippe Séguin lui-même n'avait-il pas trop envie d'un second trop remuant, trop talentueux, et trop ambitieux, rêvant trop rapidement de devenir « calife à la place du calife ».
Tous sur le pont
Cela ne signifie pas que Sarkozy aura un poste mineur. On évoque pour lui la direction des fédérations. A lui les « tournées des popotes » en province et l'autorité sur les militants.
Comme l'ont montré les résultats des législatives et l'ambiance délétère des assises du 6 juillet, le RPR est un parti malade de ses divisions, d'un positionnement incompréhensible, d'une réflexion politique inexistante, et de militants découragés. Tout le monde devra donc être sur le pont pour le remettre sur pied. Ce qui n'empêche pas, on le voit, les méfiances et les luttes d'influence. Comme le note un des amis du nouveau président du RPR : « Contrairement à Chirac, avec la Ville de Paris, Séguin n'aura pas d'autre bureau que la Rue de Lille. Il sera donc obligé d'être tout le temps là. Et ce ne sera pas du luxe. »
Eric ZEMMOUR
© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.
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