lundi 1 septembre 1997

Séguin pour cible

Les voies de la reconstruction : l'opposition en débat


Les pièges sont posés. Et les collets serrés. Le gibier est de choix : le nouveau président du RPR, Philippe Séguin.

A Orange, les dirigeants du Front national le jugent comme un boxeur plus rodomont devant les micros que percutant sur le ring. Immigration, nation, Europe : il n'osera briser aucun des tabous du « politiquement correct » ; son avènement ne changera rien au comportement de la droite à leur égard, prédisent-ils goguenards.

« Ni alliance ni diabolisation », a pourtant dit Séguin, il y a quelques jours. Chiche, s'apprête à lui lancer Bruno Mégret. « Mais qu'il dise alors que le Front national est un parti républicain et démocrate. » Et ainsi se réalisera le rêve de Mégret : la « dédiabolisation » qui propulserait le FN dans une dynamique alors irrésistible...

De Paris, Lionel Jospin lui a donné un petit coup de main : en conservant la proportionelle pour les élections régionales, le premier ministre offre au FN la faculté de « pourrir » au sens où les rugbymen rendent inutilisable pour l'adversaire le ballon qui sort de mêlée la majorité de la quasi-totalidé des conseils régionaux.

Boulot d'opposant

Alors, le RPR aura le choix entre la peste et le choléra. Un accord de gestion avec les socialistes, comme le font déjà un Gaudin en Provence-Alpes Côte d'Azur, ou un Millon en Rhônes-Alpes ; il prouverait avec éclat la connivence de « l'Etablissement » inlassablement martelée par le FN. Ou l'entente avec le mouvement de Le Pen et la gauche dénoncerait aussitôt Séguin à la vindicte médiatique.

Dans le même temps, lors des élections cantonales, de nombreux élus de droite, pressés de sauver leur siège, leur majorité au conseil général et les moyens financiers qui vont avec auront conclu des accords de désistement réciproque que s'apprêtent à leur offrir les candidats du FN. Pour se faire pardonner de leur avoir fait perdre leur siège à l'Assemblée ?

Il n'est pas jusqu'à la « modération » gouvernementale qui n'embarrasse le nouveau président du RPR. Du plan Aubry pour les jeunes au rapport Weil sur l'immigration, le Séguin spontané pourrait tout approuver. Comment, dans ces conditions, faire son boulot d'opposant ? Comment marquer sa différence avec la gauche ? Comment organiser la grande manifestation annoncée en juillet dernier par Charles Pasqua pour lutter contre le laxisme du pouvoir en matière d'immigration ? Que répondre aux électeurs de droite soupçonneux : « Si la gauche la conserve, c'est qu'elle n'était pas bien terrible, cette loi Debré... » ?

Les oripeaux de Rocard

Nicolas Sarkozy ne cesse de le proclamer : « La droite doit être la droite ». Mais son nouveau patron de la rue de Lille osera-t-il ? Le libéralisme, l'autorité de l'Etat, la souveraineté de la nation ? Ou finira-t-il tels Balladur, Chirac, Juppé avant lui par s'écraser comme un platane déraciné sur le terrain encombré du centre ? Tuer dans l'oeuf les efforts de François Bayrou pour faire grandir Force démocrate entre les deux mastodontes gaulliste et socialiste. Et donner sa plénitude à l'ambition avouée de Mégret comme de Le Pen : devenir la droite à la place de la droite.

Une telle ambition serait sans doute favorisée par la « fusion » du RPR et de l'UDF qui s'uniraient autour d'un salmigondis doctrinal, « centriste » pour les gens de droite, « technocratique » pour les centristes. Une idée de la « base » derrière laquelle certains voient la main de l'Elysée

Philippe Séguin est la cible de tous, car il est un gêneur pour tous : il est le seul à pouvoir contester à Lionel Jospin son positionnement « républicain ». Le seul à pouvoir disputer à Chirac sa place de candidat de l'opposition à sa réélection. Le seul à pouvoir bloquer la résistible progression du Front national sur les terres d'une droite idenditaire. Ceux-là le couvrent des oripeaux de Michel Rocard, éternel espoir, éternel rival, et transformé en poussière politique dès qu'il toucha son saint Graal partisan. Philippe Séguin aura-t-il les moyens et la volonté de les contredire ?

Eric ZEMMOUR

© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire