lundi 3 février 1997

Le Front national en tête à Vitrolles

Premier tour, hier, de l'élection municipale partielle.


On disait les Vitrollais las de la campagne électorale et de ces élections à répétition. Hier, ils étaient pourtant 76,28 % à s'être rendus dans les bureaux de vote. Un point de plus que lors du premier tour des élections municipales de juin 1995. On disait qu'une forte participation causerait la perte du candidat du Front national. Catherine Mégret a pourtant obtenu 46,58 % des voix, soit 3 points de mieux que son mari en juin 1995. Elle pouvait, à bon droit, se déclarer « très satisfaite ». Et son mari, qui a compris la formidable aubaine qu'a constituée la venue de son épouse dans cette bataille, « invitait les électeurs à écouter leur coeur », lors du second tour. De son côté, le maire sortant, le socialiste Jean-Jacques Anglade, a atteint 36,93 % des suffrages. En 1995, il avait obtenu 28 %. Mais, à l'époque, il y avait quatre listes de gauche, qui cette fois avaient fait « l'union sacrée » derrière lui. Celui-ci s'empressait alors d'inciter son adversaire de droite, Roger Guichard, à fusionner sa liste avec la sienne. En vain. Le candidat UDF-RPR, avec 16,49 % des suffrages, fait mieux qu'en 1995 où il avait obtenu 12 % des voix. Mais si la droite refuse officiellement tout « front républicain », on voit mal comment, dans les faits, elle pourrait y échapper : hier soir, le président de l'UDF, François Léotard, recommandait, « avec regret », le retrait. Dans un communiqué, le RPR prenait acte de ces résultats . Il souhaitait « le retrait de la liste de Roger Guichard » et indiquait qu'il « appellera ses électrices et ses électeurs à voter, au deuxième tour, en fonction de leur attachement aux valeurs républicaine ».

Catherine Mégret est décidément une bonne épouse. Non seulement l'épouse du numéro 2 du Front national n'a pas entamé le magot électoral de son mari, mais elle l'a arrondi. Juste de quoi, sans doute, lui offrir la mairie dans une semaine. Catherine et ses gants blancs, sa timidité naturelle, sa méconnaissance insigne des dossiers municipaux ; Catherine et son rire bon enfant, sa conception de la femme à faire pâlir de rage les militantes féministes, et ses mots réflexes d'une droite venue des tripes comme ceux de ses électeurs.

Si elle gagne dimanche prochain, elle aura accompli une première : une victoire du FN à la loyale du scrutin majoritaire, avec une majorité absolue, quand les trois maires d'Orange, de Toulon et de Marignane n'ont dû leur succès, à la majorité relative, qu'à la désunion persistante de leurs adversaires. Mais quoi qu'il arrive désormais, Catherine Mégret a gagné son pari. Pas Jean-Jacques Anglade. Le rejet du maire sortant était trop profond, trop vivace, trop rageur. Il a eu beau rassembler toute la gauche dès le premier tour, faire admirer son écharpe blanche dans la rue, écouter à nouveau les doléances de ses administrés, exhorter avec succès les abstentionnistes à se déplacer, sonner le tocsin « républicain » contre la « menace fasciste », rien n'y a fait.

Deux Vitrollais sur trois

En 1995, les quatre listes de gauche totalisaient 41 % des voix, à quelques encâblures des 43 % alors obtenus par Bruno Mégret. Dix-huit mois plus tard, Jean-Jacques Anglade atteint péniblement les 37 % des suffrages. Il ne s'effondre ni ne reprend le dessus. Psychologiquement, c'est cruel : il peut garder l'espoir, même s'il sait que sa ville ne veut plus de lui. Politiquement, c'est délicat. Pas pour Anglade, qui se retrouve dans cette situation qu'il affectionne : le rempart « républicain » contre la « menace extrémiste ». Ni pour le couple Mégret, qui tentera de rallier à lui une droite locale traditionnellement dure, très hostile à Anglade en particulier, et à la gauche en général. C'est la pire situation qui soit en revanche pour le candidat UDF-RPR, Roger Guichard. « Si Mégret doit prendre la mairie, autant qu'elle la prenne dès le premier tour, au moins on n'aura pas à appeler à voter pour Anglade ! », murmurait-on hier au RPR local, en attendant les résultats. Guichard n'a pas démérité pourtant, puisqu'il améliore de 4 points son score de 1995. Mais lui non plus n'est pas parvenu à faire l'impossible. Il devra donc se retirer. Bien sûr, les experts les plus sérieux de la réalité politique vitrollaise savent que le maintien de Roger Guichard serait le meilleur service rendu à Anglade : dans le sud de la France, l'électeur de droite se reporte plus volontiers sur le candidat du FN que sur le représentant « républicain ». Bien sûr, le candidat Guichard déclarait hier encore qu'il se maintiendrait. Il rejetait avec hauteur les offres de « fusion » de listes que lui lançait le maire sortant. Et lui renvoyait la pareille non sans panache : « Deux Vitrollais sur trois ne veulent plus de lui. Il doit donc retirer sa liste. »

Éric ZEMMOUR

Encadré(s) : RÉSULTATS DE JUIN 1995

-Premier tour. I : 19 771 ; V : 14 967 ; E : 14 737 ; Abs : 24,30 %. Liste Agarra (PCF) 930 (6,31 %) ; Liste Anglade (PS) 4 256 (28,88 %) ; Liste Marti (DVG) 173 (1,17 %) ; Liste Tomasi (Verts) 816 (5,54 %) ; Liste Guichard (UDF-PR) 1 839 (12,48 %) ; Liste Lecerf (DVD) 379 (2,57 %) ; Liste Mégret (FN) 6 344 (43,05 %). Ballotage.

-Deuxième tour. I : 19 771 ; V : 16 825 ; E : 16 581 ; Abs : 14,90 %. Liste Anglade (PS) 7 466 (45,03 %) 29 élus ; Liste Guichard (UDF-PR) 2 002 (12,07 %) 2 élus. Liste Mégret (FN) 7 113 (42,90 %) 8 élus.

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