Deuxième tour de l'élection municipale. « A tous les Vitrollais ! Nous avons perdu une bataille, mais nous n'avons pas perdu la guerre !... »
Mêlant humour et fatalisme, le RPR de Vitrolles a déjà rédigé son appel du... lundi matin. Bien sûr, ses chefs s'efforcent de dissuader leurs ouailles de voter Mégret. Mais le vote Anglade est au-dessus des forces de la plupart. Alors, ils leur recommandent de glisser dans l'urne un bulletin blanc. Sans beaucoup de passion ni d'espoir d'être entendu. On n'efface pas ainsi d'un coup de consigne nationale des années de combat acharné contre la gauche, où droite et extrême droite mêlèrent longtemps leurs forces, comme lors de ce meeting commun autour de Jean-Pierre Stirbois, alors numéro 2 du FN, à la veille du second tour de l'élection législative de 1988.
Jean-Jacques Anglade n'ignore pas cette réalité politique de sa ville. C'est pourquoi il mise avant tout sur l'électorat UDF tapissant sa permanence électorale de déclarations de François Léotard et de Jean-Claude Gaudin et s'acharne surtout à réveiller les abstentionnistes, mettant son ultime chance de salut dans une participation massive.
Dernières forces
Pour la première fois dans cette campagne, les meetings des derniers jours, la venue des ténors nationaux de la gauche, le communiqué spécial de Simone Veil appelant à « faire échec au Front national », le ballet incessant des télévisions du monde entier, donnent une chair politique à son personnage de « rempart contre le Front national », qu'il s'est composé à la hâte, dans la fureur et le bruit de l'entre deux tours de l'élection de juin 1995. Pour la première fois, Anglade a réussi à ce que le rejet de sa propre personne, de ses méthodes, de son bilan, ne soit plus la seule question de l'élection.
Instruit de ses erreurs du passé, et de celles de ses amis, à Dreux ou ailleurs, Bruno Mégret a senti le danger. Pour son meeting de jeudi soir, point de Jean-Marie Le Pen ni de Bruno Gollnisch. Seul « étranger », le maire FN de la commune voisine de Marignane. Chacun des deux adversaires agit ainsi à front renversé : le maire sortant qui brocardait naguère les Mégret qui « inscrivent leur enfant à l'école de Saint-Cloud » cherche son salut dans une « nationalisation » de la campagne ; de son côté, le numéro 2 du FN drague le Vitrollais exaspéré par les pressions et les leçons de morale des « parisiens ».
Chacun jette ses dernières forces dans la bataille. Jean-Jacques Anglade, comme Roger Guichard, dépose un recours devant le tribunal administratif, afin de faire annuler le premier tour de l'élection. Mégret fait défiler dans les rues de la ville, le jour de la venue de Jospin et Hue, un « magouille circus » avec clowns et faux billets à l'effigie du maire sortant. Anglade promet de ne plus se représenter la prochaine fois. Catherine Mégret démontre à tous qu'elle ne sera jamais un grand orateur.
Chacun craint le pire
Le socialiste Anglade n'a que les noms de Juppé et Léotard à la bouche. Mégret appelle les colistiers de l'UDF Roger Guichard furieux d'avoir été contraints par les instances nationales du RPR et de l'UDF d'abandonner la bataille à se rallier à son panache blanc. Offre des places et des postes. Réveille des réseaux et des amitiés jamais complètement endormis.
Chacun évite le moindre pronostic. C'est la première fois en effet que les deux adversaires se retrouvent seuls, sans tierce liste, au tour décisif. On ne saura jamais à qui le maintien de la liste Guichard aurait profité. Et à qui son absence donnera la victoire. Une chose est sûre : le jeu pour la droite locale est fort dangereux. Elle habitue ses électeurs à voter qui pour un socialiste, qui pour le FN.
Dans la ville, la tension est montée de plusieurs niveaux, dans la perspective d'une prévisible victoire du Front. Les uns s'en réjouissent ouvertement, les autres s'en inquiètent. Chacun craint le pire, pour dimanche soir. Chacun a hâte désormais que cela se termine vite.
Eric ZEMMOUR
© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.
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