L'instruction sur le dossier des HLM de Paris.
Le juge Eric Halphen, qui souhaitait étendre sa saisine dans le dossier fleuve des HLM de Paris et relancer certaines investigations autour de l'ancien ministre Michel Roussin, n'aura probablement pas gain de cause. Dans un courrier daté du 30 janvier, dont Le Figaro révèle la teneur, le procureur de Créteil, Michel Barrau, s'oppose, avec quelques réserves, à un élargissement de l'enquête. S'adressant au procureur général de Paris, Alexandre Benmakhlouf, le procureur estime notamment « pas suffisantes » les pièces rassemblées par le magistrat instructeur.
Le compte rendu de Michel Barrau, sans fermer totalement la porte à des investigations supplémentaires, pourrait contribuer à réduire sensiblement le champ d'action du juge Halphen. Ce dernier, dès le mois de décembre 1996, avait en effet commencé à rassembler de nouveaux éléments laissant présager de spectaculaires rebondissements. Les noms de grandes sociétés comme Bouygues et la Cogedim ainsi que ceux de personnalités comme Michel Roussin ou l'ancien maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany revenaient avec insistance dans la procédure.
Série d'auditions
Ainsi que le relate le courrier du procureur de Créteil, c'est une visite impromptu au cabinet du juge Halphen qui semblait relancer l'affaire des HLM de la capitale. Le 5 décembre 1996, le magistrat recueillait les déclarations de Didier Chapron, fils de l'ancien directeur général de la Cogedim aujourd'hui décédé, Gilbert Chapron. Ce témoin surprise indiquait que son père « avait été amené à recevoir des commissions en espèces, dont une partie était destinée à des partis politiques (RPR, PS, PR), des mallettes contenant des billets ayant été portées jusqu'à sa mort à la mairie de Paris ». Impliqué dans l'affaire Cogedim, Gilbert Chapron aurait également reçu, « pour prix de son silence », selon son fils, 10 millions de francs en espèces. Il serait allé chercher cette somme au siège, baptisé « Challenger », du groupe Bouygues, à Saint-Quentin-en Yvelines.
Loquace et précis, Didier Chapron ajoutait que son père s'était vu offrir un terrain à Port-Grimaud, payé par la Cogedim. Il se déclarait « pratiquement sûr » que d'autres personnalités, telles l'ancien PDG de la société immobilière Michel Mauer, l'entrepreneur Albert Auliac ou Michel Roussin, avaient bénéficié d'une largesse identique.
Le compte rendu du parquet de Créteil relate ensuite une série d'auditions effectuées par la PJ de Versailles le 9 décembre, aux fins, selon le juge Halphen, de « vérifier sommairement les déclarations faites par M. Chapron ». Lors des interrogatoires, la veuve de Gilbert Chapron ainsi que son ancienne épouse affirment « n'avoir jamais entendu parler de commissions à des partis politiques ». Boriane Gentchof, la veuve, stigmatise également les « mauvaises relations » qui auraient existé entre Gilbert Chapron et son fils.
Le témoignage initial du beau-frère de Didier Chapron, Andrew Hartley, directeur de société, est radicalement différent. Selon lui, l'ancien directeur général de la Cogedim aurait effectivement fait part, avant sa mort, « de versements de commissions occultes remises à des partis politiques, et notamment le RPR ». Le procureur souligne que « le nom de M. Balkany et de la Mairie de Paris auraient été cités ». Andrew Hartley, poursuit Michel Barrau, « gardait en souvenir la visite courant 1993 de son beau-père, qui lui aurait montré dans le coffre d'une voiture de nombreuses coupures de 500francs représentant d'après celui-ci une somme de 10 millions de francs. (...) Il aurait indiqué que cette somme était pour la Mairie de Paris ».
Le compte rendu du parquet note ensuite qu'Andrew Hartley avait retiré ces dépositions le 20 janvier. Il est encore précisé que le juge Halphen a étoffé son dossier de lettres anonymes. L'une d'elles, reçue le 22 octobre, indique que la société SGPM appartenant à l'entrepreneur Angelo Pittau, par ailleurs cité dans le dossier Casetta, « avait dégagé » un crédit de 2 millions de francs pour construire trois villas. Celles-ci étaient destinées aux dirigeants de la Cogedim et à « leur proche, M. Roussin ». La Cogedim aurait promis de « renvoyer l'ascenseur sous forme de chantiers » à la SGPM.
En conclusion, le procureur explique que les faits censés impliquer Bouygues et la Cogedim sont « sans rapport avec le dossier actuellement en cours ». « En revanche, est-il indiqué, certains éléments, à les supposer établis, laissent envisager que la Cogedim ait pu financer un terrain situé à Grimaud au profit de M. Roussin, et que la société SGPM y ait construit une maison pour le compte de celui-ci dans des conditions avantageuses ». Il est rappelé que Michel Roussin a déjà obtenu un non-lieu en décembre 1995 dans cette affaire.
En dépit de cette réserve en forme d'avertissement, le chef du parquet émet des doutes sur la fiabilité des témoignages recueillis par le juge Halphen : « les quasi certitudes de Chapron Didier et l'affirmation anonyme non corroborée d'un commencement de preuve ne (lui) paraissent pas suffisantes, sans investigations complémentaires, pour engager l'action publique », écrit-il. En tout état de cause, c'est le parquet de Paris qui devrait être saisi pour aborder le dossier SGPM. Il appartient désormais au procureur général de la capitale de sceller le sort de la procédure.
Jean-Alphonse RICHARD et Eric ZEMMOUR
© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.
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