mardi 15 juillet 1997

Chef de l'opposition

Lors de sa première intervention solennelle depuis la victoire de la gauche, le chef de l'Etat s'est posé en « garant des grands aspects essentiels de la vie internationale et intérieure de la nation »


Il n'a pas prononcé son nom. Pas voulu. Pas pu. Pourtant, Philippe Séguin est le nouveau chef de sa « famille », comme dirait Jacques Chirac. Mais le président s'est contenté de le fondre dans l'anonymat un rien dédaigneux « des dirigeants de l'opposition ». Comme si Jacques Chirac n'avait pas cru un traître mot des déclarations d'allégeance multipliées par le maire d'Epinal depuis son accession à la tête du RPR. Comme s'il voyait en Séguin un rival plus qu'un vassal. Comme s'il avait voulu tout de suite montrer à l'électorat de droite que ses sourires à Martine Aubry n'entraînaient nul accord sur le fond. Et qu'il ne pouvait y avoir qu'un seul chef de l'opposition : lui. D'où sa pugnacité retrouvée, la précision et la puissance de ses tirs contre Lionel Jospin : de l'abandon de Superphénix et de la privatisation de Thomson, à l'autorisation administrative de licenciement, tout y est passé : Chirac ne voulait laisser à personne le premier rôle dans le dynamitage de l'action gouvernementale. Surtout pas à Philippe Séguin (dont il connaît trop bien les talents de « dynamitero », pour en avoir profité, il n'y a pas si longtemps...). Et même si cela conduit le chef de l'Etat à taper, plus fort et plus vite qu'il ne l'aurait souhaité, sur son premier ministre.

Eric ZEMMOUR

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