jeudi 31 juillet 1997

Opposition : le fardeau du Front national

Le poids électoral de l'extrême droite


C'est le temps des mais. Le temps des si. Le temps des pourquoi pas. Depuis sa défaite, la droite regarde son extrême avec un autre oeil. Guère d'aménité mais moins de haine. Comme si soudain le Front national sortait du champ de la morale où il n'y a que le bien et le mal pour entrer dans celui du politique terre du compromis, de la négociation entre possible et impossible.

Justement, l'impossible a un nom, Jean-Marie Le Pen. Tant qu'il sera à son poste, pas question d'alliance. Mais après ? C'est en mathématicien électoral que s'était posé Jean-Pierre Soisson dans Valeurs actuelles du 19 juillet : « Quand la gauche s'unit pour gagner, la droite doit faire de même. Toute la droite, du centre à l'extrême droite. » C'est, bien sûr, François Mitterrand qui inspire celui qui fut son ministre. Mitterrand qui a su « régler le problème du PCF, qui était le problème de la gauche »... Mitterrand, « grand, parce qu'il a su faire l'alliance des contraires ».

« Ouvrir le dialogue ? »

Le postulat étant posé, il fallait passer aux équations d'application. Dans le même numéro de Valeurs actuelles, le secrétaire général de l'UDF, Claude Goasguen, s'en était chargé en conseillant à la droite de « suivre attentivement les tensions internes au FN. S'il devait se produire des évolutions du type de celles que l'on a vues en Italie, se traduisant par des départs et des scissions, alors il faudrait en tirer les conséquences politiques et ouvrir le dialogue ». Quand on évoque en France la figure de Gianfranco Fini, qui « défascisa » le MSI italien, avant de s'associer à la droite de Berlusconi, le nom de Bruno Mégret s'impose, lui qui a longtemps rêvé de l'imiter.

Au lendemain des élections du 1er juin, ne tendait-il pas la main à la droite, même pour de simples accords locaux de désistement réciproque ? Une main que certains des amis du « maire consort » de Vitrolles sont pressés de « nettoyer », par des déclarations abjurant clairement toute tentation antisémite ou fasciste. Une main que Le Pen incite ses partisans « à ne pas tendre à ceux qui vont mourir ».

Pour l'instant, nombreux sont, à droite, ceux qui espèrent, comme Claude Goasguen, que la « question des alliances » scindera en deux le Front national ; et que la droite républicaine pourra s'associer à une extrême droite affaiblie et surtout délestée de ses éléments les plus ultras. Mais Bruno Mégret, contrairement à son modèle italien, souhaite, lui, que l'extrême droite française engage son grand rapprochement en position de domination. Auparavant, un éventuel dialogue entre le FN et la droite aura divisé l'opposition et accéléré la déliquescence du RPR et de l'UDF.

Il est vrai que la droite demeure fort partagée. Claude Goasguen, numéro deux (centriste) de l'UDF, a subi, après ses déclarations, les cinglantes remontrances de François Bayrou et de François Léotard. Et, au RPR, le jour des assises, le 6 juillet, on pouvait entendre autour d'Alain Juppé et de Philippe Séguin plus qu'une différence de ton. Le maire de Bordeaux continuait de dénoncer un parti « raciste, xénophobe et antisémite », tandis que le nouveau président du RPR, rejetant l'« alliance » autant que la « diabolisation », refusait d'avance de céder au « terrorisme intellectuel ou au chantage médiatique ».

Chapelles et cathédrale

Alors, du refus de la diabolisation à la future alliance, il n'y aurait qu'un pas, que certains auraient mentalement déjà franchi ? Nous n'en sommes pas là. La droite rénovée, avec Séguin et Madelin, espère encore que sa vitalité nouvelle, son ancrage bien à droite, son idendité retrouvée, sa crainte des tabous et du politiquement correct médiatique enfin vaincue, suffiront à arracher les électeurs qu'elle a perdus à l'influence de leurs nouveaux gourous.

Mais la droite a-t-elle du temps à donner au temps ? Le temps de se reconstruire, de se ressourcer et d'accoucher de ce grand parti unique, dont continue de rêver un Charles Millon. Un bloc, qui seul, avec ses quelque 30 %, jouerait le rôle de soleil de la droite, autour duquel la planète FN devrait tourner.

« Chacun fait sa petite chapelle dans son coin, sans s'apercevoir que le Front national est en train de construire une cathédrale », confie Charles Millon. Une cathédrale qui choisirait ses fidèles, ceux qui s'allient, et rejetterait ceux qui s'enfuient. Vers la cathédrale d'en face. Un député UDF s'inquiétait hier : « Si on ne trouve pas de solution, on va nous emmener dans la grande coalition avec les socialistes. »

Eric ZEMMOUR

© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.

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