Lors de sa première intervention solennelle depuis la victoire de la gauche, le chef de l'Etat s'est posé en « garant des grands aspects essentiels de la vie internationale et intérieure de la nation ».
Le « domaine réservé » n'est décidément plus ce qu'il était. On le croyait vidé, miné, réduit à la portion congrue. Or il grossit, se dilate, envahit. On croyait que le fameux « domaine partagé » était un moyen commode pour le premier ministre, en cohabitation, de venir piétiner les plates-bandes élyséennes. Jacques Chirac a donné le plaisant exemple, hier, qu'il pouvait aussi servir ses intérêts.
Que l'on suive seulement la logique présidentielle. Le chef de l'Etat est, selon l'article 5 de la Constitution, le « garant des traités ». Donc du traité de Maastricht. Donc du respect des 3 % de déficit du budget public. Donc de la baisse des dépenses de l'Etat, et des impôts, et de la modernisation de la France, et de l'adaptation technologique, et du maintien de ses parts de marchés à l'exportation. Et...
Comme si Jacques Chirac, à partir des exigences européennes, avait bien l'intention de fondre le premier ministre socialiste Lionel Jospin dans le moule libéral européen. Comme s'il voulait lui imposer les contraintes qui avaient enserré jusqu'à le perdre le gouvernement Juppé. Comme si sans en avoir l'air il refermait un peu plus sur son premier ministre ce redoutable étau qu'il a bien connu lui-même il y a deux ans : trahir ses promesses électorales ou affronter une crise institutionnelle sur l'Europe. « Alors que le traité de Maastricht fut façonné, forgé, décidé par sa famille politique », lui lance Chirac en ultime avertissement.
Pour l'instant, cela reste de la politique virtuelle. « Le gouvernement n'a pas encore pris de décision », n'a cessé de répéter le président. Mais Chirac s'est d'ores et déjà paré des nobles habits de la statue du Commandeur européen. Il attend que dom Juan Jospin, après avoir beaucoup séduit et promis, assume son impossible choix.
Eric ZEMMOUR
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