jeudi 31 juillet 1997

Les fausses vertus d'un mythe

Patrick Weil remet ce matin son rapport à Lionel Jospin, en vue du débat parlementaire de l'automne


L'immigration n'est pas la question centrale de la société française. C'est ce que veut démontrer la gauche revenue au pouvoir. Entre fermeté et humanité, entre reconquête de l'électorat populaire et respect des grands principes, elle entend tracer son chemin.

Après la régularisation des sans-papiers « au cas par cas », le rapport de Patrick Weil est censé s'inscrire dans ce schéma consensuel. Foin des habiletés et provocations mitterrandiennes : promis, juré, craché, la gauche jospinienne ne jouera plus à ce jeu dangereux, elle chassera le clandestin avec plus d'efficacité que les gouvernements précédents, elle s'est achetée une conduite. Et prie instamment la droite de suivre ses vertueuses résolutions. Afin de ne pas faire le jeu de qui vous savez...

Mais il y a un mais. « L'immigration zéro » est un mythe et doit le rester. Il y a une immigration qu'il nous faut accepter, mieux, que l'on doit respecter, encourager, favoriser : regroupement familial, droit d'asile, étudiants. Or, depuis plus de dix ans, l'immigration, légale ou illégale, c'est d'abord cela. Plus personne ou presque ne vient avec un contrat de travail en France. A l'immigration de travailleurs, que nous connaissons depuis la fin du XIXe siècle, des Flamands aux Maghrébins, s'est peu à peu substituée une immigration d'ayants droit. Et une immigration de renfort démographique a été remplacée par une immigration de substitution de peuplement. D'où l'hypocrisie du discours politique sur l'immigration depuis dix ans. Au nom de la prétendue « lutte contre l'immigration clandestine », la droite, Pasqua puis Debré, ont tenté en réalité, sous le regard sourcilleux des grands juges, (Conseil constitutionnel, Conseil d'État) et des grands médias, de limiter cette immigration de peuplement.

Au nom de la défense des droits de l'homme, une certaine gauche veut réactiver la seule source d'immigration dont le flot commençait à peine à se ralentir. Celle que les gens côtoient dans les banlieues, celle du communautarisme et des ghettos, celle qui fait le miel électoral du Front national, à Vitrolles ou ailleurs.

Souveraineté

Ainsi, avec les mots de Jean-Pierre Chevènement, la gauche peut très bien faire la politique de Dominique Voynet. Avec les idées des républicains, ceux qui défendent la nation comme horizon indépassable, elle peut faire le lit des libéraux, ceux qui estiment avec les associations de défense des immigrés que, si les capitaux et les marchandises ont eu la peau des frontières, les hommes doivent suivre. Au nom de la grandeur de la nation, elle peut nier radicalement sa souveraineté, celle de choisir le nombre et la durée du séjour des étrangers sur son territoire. Et, au nom des droits de l'homme, occulter sans ménagement ceux du citoyen.

Lionel Jospin a placé délibérément sa campagne électorale, puis son discours de politique générale, sous le prestigieux mais exigeant patronage du « pacte républicain ». Au vu des pressions qui s'exercent sur lui la question de l'immigration est comme d'habitude un révélateur on peut s'interroger : n'a-t-il pas présumé de ses forces ?

Eric ZEMMOUR

© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.

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