Le nouveau leader du RPR s'attelle à la difficile réconciliation du mouvement chiraquien
Philippe Séguin a le sens et le goût du tragique. Il sait qu'un parti, ça naît, ça vit, ça meurt aussi. Que le RPR n'a jamais été aussi proche de sa disparition. Par division ou décomposition. Mais aussi par défaut d'utilité.
Il y a sept ans déjà, avec Charles Pasqua, il dénonçait un mouvement gaulliste embourgeoisé, technocratisé, qui ne savait plus parler au peuple mais seulement aux élites. Entre-temps, le Front national s'est enraciné, renforcé de tous ceux qui voulaient, comme le disait hier Séguin lui-même, « exprimer leur rejet d'un système dont ils avaient acquis la conviction qu'il les ignorerait toujours ». Un système dont le RPR fait partie intégrante.
Le défi lancé à Séguin est d'abord là : sortir le RPR du « système » honni. Redevenir le porte-parole des exclus, des méprisés, des petits contre les gros, et de tous ceux qui, au-delà de leur situation économique et sociale, se sentent étrangers à la vision du monde imposée par les médias et les élites. A cette question compliquée, Charles Pasqua avait une réponse simple : « Construire un grand mouvement populaire, national, républicain... Pour rassembler tous ceux qui placent au-dessus de tout la souveraineté de la nation, la justice sociale, l'autorité de l'État et la grandeur de la France. » Mais les militants ont écouté leur ancien héros dans un brouhaha irrespectueux. Et, surtout, Philippe Séguin avait choisi une autre stratégie : celle du mouvement-synthèse, qui va de Villiers à Devedjian, de Pasqua à Sarkozy. On pourrait donc avoir demain au sein du mouvement gaulliste des courants, avec motions, votes, thèse, antithèse, synthèse.
uand Édouard Balladur presse le RPR et la France « d'épouser (leur) siècle » et de ne pas « s'enfermer dans le culte nostalgique de (leur) grandeur passée », au nom du gaullisme et de « l'obsession de la grandeur de la France », il est applaudi ; mais ces mêmes mots ne visaient-ils pas déjà tous ceux qui, en 1992, appelaient à voter non à Maastricht ?
Alors, Philippe Séguin, solitaire et moqué, avait affronté l'unanimité de la classe dirigeante et les injonctions du politiquement correct. Sera-t-il capable de recommencer sur d'autres sujets ? Quels « non-dits, sujets tabous, vérités esquivées » sera-t-il prêt à enfreindre ? Jusqu'où parlera-t-il des choses qui fâchent ?
On le voit, le chemin du RPR de Séguin est étroit. Entre le Front national et l'UDF, il y a le gaullisme, n'ont cessé de rappeler les orateurs. C'est-à-dire tout à la fois la souveraineté de la nation et l'alliance franco-allemande, l'ordre et la liberté, le dynamisme et l'égalité, la République et la majesté monarchique de l'État. Synthèse admirable mais ancienne.
Jeu de quilles
Pour peu de temps encore, Philippe Séguin est protégé. Dans ce formidable jeu de quilles électoral qui a, depuis quinze ans, vu les sortants sortis à tout coup, les proches du maire d'Épinal gardent espoir : « Les électeurs peuvent encore dire : on a tout essayé sauf Le Pen et Séguin. » Mais le temps presse pour la droite en général et le RPR en particulier : « La réorganisation du RPR doit empêcher que le FN ne devienne le vote utile. » Hier, les pasquaïens et les balladuriens, les juppéistes et les séguinistes, les chiraquiens et les gaullistes historiques, tous étaient d'accord pour dire que Philippe Séguin n'était peut-être pas la meilleure solution qui soit. Mais que c'était la seule.
Eric ZEMMOUR
© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.
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