Le secrétaire général de l'UDF, Claude Goasguen, a envoyé hier une lettre au président de l'Assemblée nationale, Laurent Fabius, dans laquelle il lui demande la mise en place d'une mission d'information parlementaire sur les conditions d'application de l'actuelle régularisation des sans-papiers. Le député parisien explique au « Figaro » les raisons de sa démarche et de sa colère.
LE FIGARO. Lors de l'audition parlementaire, la semaine dernière, du ministre de l'Intérieur, Jean-Pierre Chevènement, vous avez été très critique à son égard. Pour quelles raisons contestez-vous la régularisation actuelle des sans-papiers ?
Claude GOASGUEN. La circulaire du 24 juin 1997 qui l'organise me paraît fort contestable sur le plan de la légalité. Une circulaire est faite pour appliquer la loi existante. Et non la contredire ou l'abroger. Or, jusqu'à nouvel ordre, la loi Pasqua-Debré est la loi de la République. Mais le gouvernement a voulu faire plaisir très vite à son électorat en régularisant massivement les immigrés clandestins. Il le fait avec beaucoup d'hypocrisie en faisant croire que les régularisations se décident au cas par cas. Au moins, les élus de 1981 avaient eu le courage de leurs opinions.
Sommes-nous dans des ordres de grandeur comparables ?
Malgré nos questions au ministre de l'Intérieur, nous n'arrivons pas à avoir de données chiffrées. Mais nous sommes assurément très au-dessus des 40 000 personnes annoncées.
Pour un grand débat
Quelles sont les conditions d'application de la circulaire ?
Ce sont les associations de défense des immigrés, SOS-Racisme, MRAP, etc., qui instruisent les dossiers, et discutent avec les préfectures. Certaines d'entre elles se plaignent d'ailleurs qu'il y ait des préfectures moins conciliantes que d'autres. On le voit, le principe d'égalité sur l'ensemble du territoire est strictement respecté ! De surcroît, le ministre de l'Intérieur refuse de s'expliquer sur les sanctions qui seront appliquées aux personnes jugées, après examen de leur dossier, toujours irrégulières.
Jean-Pierre Chevènement a appelé la droite à avoir une attitude « responsable » sur l'immigration. Pourquoi refusez-vous d'entendre cet appel ?
Le ministre de l'Intérieur n'arrête pas de dire qu'il ne convient pas de parler de l'immigration. Je pense exactement le contraire. L'immigration est un sujet important de préoccupation pour nos concitoyens. Le secret et la manipulation ne font qu'accréditer les thèses les plus extrémistes, et favoriser les comportements xénophobes. La France a besoin d'un vrai grand débat démocratique et parlementaire sur l'immigration, comme cela s'est passé dans les autres pays européens.
C'est ce que semble souhaiter le gouvernement avec la loi en préparation ?
Je regrette simplement que, jusqu'au 1er novembre, date de fin d'application de la circulaire, le gouvernement laisse faire toutes les manipulations possibles sur l'immigration clandestine et crée un appel d'air parfaitement dénoncé par le président de la République. Et je ne peux que me féliciter de la fermeté du propos de Jacques Chirac le 14 juillet dernier, sur un sujet qui a beaucoup souffert des ambiguïtés, du secret et du silence malsains.
Eric ZEMMOUR
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