Le poids électoral de l'extrême droite
LE FIGARO. Comment jugez-vous les premières semaines du gouvernement socialiste ?
Jean-Pierre RAFFARIN. Après 50 jours de gouvernement Jospin, une inquiétude semble levée, la France sera bien au rendez-vous de l'euro. L'éthique de responsabilité a fait des progrès. La continuité l'a emporté sur le changement. Le chef du gouvernement a eu raison de maintenir le cap contre les déficits. Et le secrétaire d'Etat au Budget a bien fait de mettre les points sur les « i » en affirmant que les créations d'emplois prévues dans le cadre de l'embauche des 350 000 jeunes se ferait, pour 1998, exclusivement par redéploiement budgétaire.
Si Jospin fait du Juppé, sa manière de présenter sa politique n'est-elle pas plus habile ?
Le lancement marketing a été plutôt bien réussi. Mais le premier ministre n'échappera pas aux rendez-vous vérité de la rentrée. Le pays est menacé d'un automne glacé. Le gel des promesses électorales déclenchera la déception sociale. Les tours de passe-passe sur la réforme de la SNCF, les jeux sémantiques sur la privatisation, l'inévitable aggravation de la pression fiscale sur les PME et les ménages, tout cela démontrera que si le gouvernement parle souvent de vérité, il manque en fait de sincérité. A l'automne, les promesses se ramassent à la pelle.
La rénovation de l'opposition est en marche. Charles Millon propose de nouveau qu'un parti unique soit édifié par la fusion du RPR et de l'UDF. N'est-ce pas la seule solution, pour relancer une dynamique à droite ?
En politique, pour être bonne, une idée doit être réaliste. Les esprits ne sont pas mûrs pour une fusion de l'UDF et du RPR. Je crois même qu'il y aurait un risque de contraction de l'espace politique de l'opposition. Cette réduction de notre assise électorale pourrait ouvrir de nouvelles opportunités au centre, pour le Parti socialiste, à droite, pour le Front national. L'union sera plus efficace que la fusion.
De nombreuses déclarations récentes, venues de leaders de l'opposition, reposent la question des alliances éventuelles avec le Front national. Qu'en pensez-vous ?
Avec Alain Madelin à Démocratie Libérale, nous avons une stratégie claire : reconquérir une part importante de l'électorat de droite passé au vote Front national. C'est la condition des victoires futures. Nous mettrons en avant nos différences sans alliance politique, sans obsession tactique. Pour réussir, nous devons savoir sortir du « politiquement correct », en soutenant par exemple les maires qui veulent raccompagner les enfants égarés dans la nuit contre ceux qui parlent de « chasse aux jeunes ». L'humanisme libéral est une force libre.
Eric ZEMMOUR
© 1997 Le Figaro. Tous droits réservés.
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